samedi 10 janvier 2015

Mot d'excuse : #JeSuisCharlie, mais pas un mouton


Un billet d'actualité et une petite réflexion tolérante sur la religion
(Deux articles en un !)


J’écris cet article alors que l’émotion provoquée par l’événement, à savoir le massacre de l'équipe de Charlie Hebdo, ne s’est pas encore dissipée. Je le reprendrai probablement un peu, plus tard.



Je sais que je ne pense pas vite et qu'il me faut du temps pour comprendre. Je suis désolé pour mes proches qui n'arrivent pas toujours à me suivre (je compte sur leur compréhension ou leur amitié). Mais voici ce que je pense en ce matin de ce samedi 10 janvier 2015, suite à l'horrible drame qui a frappé l'équipe du journal satirique Charlie Hebdo mercredi dernier.


Mercredi 7 janvier 2015



Mercredi après-midi, sous le choc, profondément ému par ce que je venais d’apprendre, à savoir le massacre des journalistes du journal Charlie Hebdo, j’ai quitté mon travail pour me rendre Place de la République, lieu symbolique, s’il en est, de la nation française, suite à un appel lancé sur Twitter.

Vous pouvez voir mes photos sur Facebook en cliquant sur l'image ci-dessous :
 Album Facebook



Contrariété...



Lorsque j’ai quitté la place, peu avant 20h, j’étais contrarié. Je venais de m’accrocher ("m'engueuler" si vous préférez) avec des gens, qui dans la foule, traitaient de fachistes des gars qui tentaient d’apporter le drapeau tricolore sur la statue de la République. La Marseillaise timidement chantée par quelques téméraires, dont moi bien sûr, a même été sifflée !
Je pense qu’il n’y a qu’en France que l’on puisse rencontrer une telle haine et surtout une telle méconnaissance de l’histoire du pays (Bravo l’éducation nationale et la télé pour le lessivage des cerveaux).
Le drapeau français, chassé de la place de la République ! J’ai hurlé à ces imbéciles qu’il ne fallait pas abandonner au sinistre FN les symboles de notre République. Quelques personnes m’ont applaudi, mais nombre de naïfs "bien pensants" m’ont répondu qu’ils n’étaient pas là pour faire de la politique ! Mais passons, ce n’est pas le sujet de cet article...

Quelqu'un a eu la bonne idée de mettre un brassard noir de deuil sur le bras de la statue de la liberté.


Doute...

Hier encore, lors du déjeuner de midi avec mes jeunes collègues, je me réjouissais de savoir qu’ils allaient tous venir à la marche prévue ce dimanche et je contactais de mon côté mes amis pour faire cette formidable marche avec eux.
Et puis dans la soirée, tandis que je discutais avec nombre de gens sur internet, via Facebook et Twitter, le doute en moi a commencé de s’immiscer, surtout lorsque j’ai appris qui allait venir défiler en tête du cortège…
Marcheront en effet ce dimanche, autour de François Hollande et de Manuel Valls, entre la place de la République et celle de la Nation  :
la chancelière allemande Angela Merkel, (Miss Auterité)
le premier ministre britannique David Cameron, (M. Contrat zéro heure)
le président du conseil italien Matteo Renzi, (M. Dépénalisation de l'évasion fiscale)
le président du gouvernement espagnol Mariano Rajoy, (M. Anti-avortement)
le président de la Commission européenne Jean-Claude Juncker, (M. Evasion fiscale)
le président du Parlement européen, Martin Schulz, (Le grand ami du Pape)
le président du Conseil européen Donald Tusk, (Polonais, pro-américain convaincu)
le chef du gouvernement danois Helle Thorning-Schmidt,
le chef du gouvernement belge Charles Michel,
le chef du gouvernement néerlandais Mark Rutt,
le président ukrainien Petro Porochenko... (Vous savez celui qui a des néo-nazis qui combattent pour lui)
L’Afrique sera représentée à cette "Garden party" par les présidents malien Ibrahim Boubacar Keïta et nigérien Mahamadou Issoufou, l’Amérique du Nord par le ministre américain de la Justice Eric Holder et le ministre canadien de la Sécurité publique Steven Blaney.
Plusieurs dirigeants d’institutions internationales (Organisation internationale de la Francophonie, Bureau international du Travail, Ligue arabe) ont également annoncé leur présence. 
Cerise sur le gâteau, il y aura même le secrétaire général de... l’Otan Jens Stoltenberg. Sans doute pour mieux nous faire comprendre que "nous sommes en guerre", comme l’a martelé Manuel Valls.

Eux devant, le bon peuple derrière. Le gouvernement invite les citoyens à prendre le gratin en marche, comme le dit un article de Politis ce matin.

Autrement dit, seront présent tous les principaux "responsables" de la situation lamentable dans laquelle se trouvent notre malheureuse société française et le reste du monde. Y compris nos chers "amis américains" qui n’ont pas cessé depuis des décennies de fabriquer des terroristes partout en menant leurs guerres coloniales. Que ce soit directement, lorsqu’ils créaient et organisaient les talibans en Afghanistan pour faire la guerre aux Russes, ou indirectement, lorsqu’ils choquaient les consciences des peuples en enlevant, emprisonnant et torturant des gens sous prétexte de guerre des civilisations (l’autre nom de la guerre pour l’énergie).
Et que dire de nos dirigeants français de tous bords ? Incapables de voir et comprendre la situation dramatique de notre pays ! Aux ordres des banques et de leurs marchés financiers qui nous reprochent de n’être pas aussi compétitifs économiquement que les esclaves chinois !
Une élite aristocratique, stupide et méprisant le peuple, au point d’abandonner celui-ci à la bête immonde du Front National, qui pour le moment, ronronne et fait pattes de velours, afin de séduire de serviles gogos désorientés, avant de les asservir.


Désolé.



Charlie Hebdo n’était pas ma tasse de thé (humour un peu trop "pipi caca popo" à mon goût), mais j’avais de la sympathie pour cette équipe de joyeux lurons iconoclastes.
J’ai été horrifié par cet attentat qui m’a mis dans le même état de choc que celui du 11 septembre chez nos "amis américains", (toutes proportions gardées bien sûr).
Mais je suis désolé, vraiment désolé. Même s’il y a quelques heures encore je rêvais d’un sursaut du peuple français dans toute sa diversité et d’une belle union nationale (sans les neuneus du FN bien sûr, qui doivent assumer le fait d’avoir rompu le pacte républicain). Ce dimanche je n’irai pas défiler derrière notre pathétique président et ses copains.
Il est trop tard pour entonner le chant de l’union républicaine après avoir foulé aux pieds depuis des années tous les symboles et tous les instruments républicains qui permettaient d’unir le peuple français dans toute sa diversité, y compris j’insiste, les derniers arrivés. Chanté par ces "responsables", celui-ci n’est plus qu’un pathétique chant du cygne




Conclusion ?



Honneur aux morts pour la liberté d’expression et de pensée, les dessinateurs comme les policiers.
Non à la stratégie du choc, pour nous abrutir de terreur,
Non à la guerre des civilisations, anachronique justification d’un impérialisme mortifère,
Non à toutes les religions dans l’espace public qui nous rendent soumis et idiots,
Non inconditionnel au FN.
Oui, je suis Charlie, mais je ne suis pas un mouton ! 


Rappel : Cet article est écrit "à chaud". J'y reviendrai ultérieurement.




Post Scriptum
(Le deuxième article !)


Petite réflexion d'un athée tolérant sur l'Islam...



Foutez la paix aux musulmans de France !
Laissez-leur un peu de temps. L'Islam est né 600 ans après le christianisme. Laissez-leur le temps de connaître la sécularisation, la laïcité, voire même le doute et l'athéisme. C'est même probablement parce qu'ils entrent dans l'une de ces périodes de mutations (Transition) que certains d'entre-eux perdent leurs repères ou deviennent dingues.
Je suis athée, mais je pense qu'une religion peut devenir une forme de philosophie, d'art de vivre, qui en vaut bien d'autres.
Par contre, Il est urgent voire vital pour la France, de revenir aux vieilles recettes qui ont réussi à la pacifier par le passé (Après nos terribles guerres de religions et même après la Révolution) et d'expliquer intelligemment à ces nouveaux concitoyens, que la Loi Française est au-dessus de toutes les lois religieuses, car c'est une Loi faites pour tous les citoyens quelques soient leurs origines.
La fameuse tolérance ne peut généreusement s'appliquer qu'à d'autres tolérants. On doit bien sûr faire l'effort de les comprendre, mais en aucun cas on ne doit être tolérant avec des intolérants.




Et la violence ?



Dans le Coran ?

Certains ne cessent de vous dire que la violence est au cœur de l'Islam ? Les plus "érudits" vous citeront peut-être la sourate 2, verset 191 :
« Tuez-les partout où vous les trouvez et chassez-les d’où ils vous ont chassés, car la subversion est pire que le meurtre. Ne les combattez pas, cependant, auprès de la Mosquée sacrée, à moins qu’ils ne vous y attaquent les premiers. Dans ce cas, n’hésitez pas à les tuer. Ce sera la juste récompense des infidèles.  »
Ce faisant, ils ne vous liront peut-être pas le verset 190 qui précédait :
"Combattez dans la Voie de Dieu ceux qui vous combattent, sans jamais outrepasser les limites permises, car Dieu n’aime pas ceux qui les transgressent."
Et il est probable qu'ils ne vous liront pas non-plus celui qui succède, le 192 :
"S’ils cessent de vous attaquer, sachez que Dieu est Clément et Miséricordieux."
Vous saisissez la nuance ?



Et cette autre nuance ?
Le policier musulman Ahmed Merabet, assassiné par un salaud de terroriste !



Et dans la Bible, me demanderez-vous ?



Sachez que l'on trouve autant de violence prescrite dans la bible (sinon plus) et parfois avec moins de nuance, comme par exemple dans ce passage de Deutéronome (ancien testament) :
6 Si ton frère, fils de ta mère, ou ton fils, ou ta fille, ou la femme qui repose sur ton sein, ou ton ami que tu aimes comme toi-même, t'incite secrètement en disant : Allons, et servons d'autres dieux ! -des dieux que ni toi ni tes pères n'avez connus,
7 d'entre les dieux des peuples qui vous entourent, près de toi ou loin de toi, d'une extrémité de la terre à l'autre-
8 tu n'y consentiras pas, et tu ne l'écouteras pas ; tu ne jetteras pas sur lui un regard de pitié, tu ne l'épargneras pas, et tu ne le couvriras pas.
9 Mais tu le feras mourir ; ta main se lèvera la première sur lui pour le mettre à mort, et la main de tout le peuple ensuite ;
10 tu le lapideras, et il mourra, parce qu'il a cherché à te détourner de l'Éternel, ton Dieu, qui t'a fait sortir du pays d'Égypte, de la maison de servitude.
11 Il en sera ainsi, afin que tout Israël entende et craigne, et que l'on ne commette plus un acte aussi criminel au milieu de toi.
12 Si tu entends dire au sujet de l'une des villes que t'a données pour demeure l'Éternel, ton Dieu :
13 Des gens pervers sont sortis du milieu de toi, et ont séduit les habitants de leur ville en disant : Allons, et servons d'autres dieux ! des dieux que tu ne connais point
14 tu feras des recherches, tu examineras, tu interrogeras avec soin. La chose est-elle vraie, le fait est-il établi, cette abomination a-t-elle été commise au milieu de toi,
15 alors tu frapperas du tranchant de l'épée les habitants de cette ville, tu la dévoueras par interdit avec tout ce qui s'y trouvera, et tu en passeras le bétail au fil de l'épée.

Lisez le passage en entier dans Deutéronome 13, et amusez-vous à rechercher la moindre trace de clémence ou de miséricorde ! Il faut avoir le cœur bien accroché lorsqu'on lit certaines des horreurs "divines" qui parsèment la totalité de l'ancien testament.




Petite question :



Pourquoi d'après-vous les Etats-Unis, le pays qui fait encore tant de cas de la Bible, est-il l'un des pays les plus violent qui soit ? Ces textes de l'ancien testament pris au pied de la lettre, ont permis à leurs fondateurs de faire aussi peu de cas des Indiens dont ils volaient la terre que les Hébreux en firent des habitants du pays de Canaan que leur dieu leur "offrait" en terre promise ! Cet état d'esprit ne les a hélas pas quitté depuis.
Ecrire "In god we trust" sur ses billets de banque, c'est comme dire "Gott mit uns", la fameuse devise militaire allemande (depuis 1701). Tout un programme, militaire bien sûr...


Mais j'y pense, cette image du fameux pays de Canaan, dont les habitants furent massacrés par les Hébreux au nom du fameux dieu vengeur, ne vous dit-elle pas quelque chose ?
Oups, je risque de parler du pays dont on ne doit pas parler pas à table en famille, Israël...
(Ne tirez pas de mauvaise conclusions hâtives, continuez de lire !)

Surtout n'en parlons pas !



Ils en ont parlé !

(D'après le célèbre dessin de Caran d'Ache lors de l'affaire Dreyfus)


Le vrai drame des Juifs français.



Ne vous méprenez pas en effet sur l'ambiguïté apparente du dessin ci-dessus.
Je fais partie d'une génération qui a bien gardé en mémoire ce qui est arrivé aux Juifs en France durant la seconde guerre mondiale. Mais c'est aussi pour cette raison qu'il m'est presque impossible de dire ce que je pourrais penser des agissements de l'état d'Israël...
Cela ne m'empêche pas d'être sincèrement catastrophé d'apprendre le départ de tous ces citoyens juifs Français en Israël, ce qu'ils appellent "l'aliyah".
Il y a avait des Juifs en France, ou plutôt en Gaule, bien avant qu'il y ait des Chrétiens (Ils étaient citoyens romains ou accompagnant les Romains).
Les juifs français sont chez eux en France et citoyens à part entière, et ce, grâce à la Révolution Française (plus particulièrement grâce à Robespierre). Leur départ me fait penser à la révocation de l'édit de Nantes par Louis XIV, qui fut cause d'un départ massif des Protestants de France et surtout d'un terrible affaiblissement de la France (Ma famille est pour moitié d'origine protestante, raison pour laquelle je ne peux pas être antisémite).
Si cet exode prend de l'ampleur, ce sera une nouvelle catastrophe nationale !
Les conséquences dramatiques des guerres du moyen orient menées par nos "amis américains" totalement ignorant de l'histoire, ne doivent pas s'étendre à la France !



Conclusion (C'est la 2ème !) 

Pour toutes les religions, une seule solution, l'instruction !



J'ajouterai encore une petite phrase qui ne plaira probablement pas à tout le monde :


"Il faut faire avec les croyants, comme on fait avec les enfants, c'est-à-dire attendre patiemment qu'ils soient enfin adultes, pour pouvoir leur parler "en adultes"...


samedi 3 janvier 2015

Trop stupides pour la démocratie ? Osez le savoir !

Article publié le 3 janvier 2015 et mis à jour le 19 mars 2015.
?



 fait partie des sites américains dont j’aime lire régulièrement des articles. Cela me permets de me rappeler que tous les américains ne sont pas des Homer Simpson obèses et débiles se gavant de hamburgers infâmes et de programmes télés ineptes.
Le titre de l’article que j’ai choisi de vous traduire ci-dessous, m’a vraiment interpelé lorsqu’il m’est tombé sous les yeux "Are Americans Too Stupid For Democracy?(Les américains sont-ils trop bêtes pour la démocratie ?)

Je venais de découvrir quelques minutes auparavant la page Facebook "Les illettrés Patriautes de la Fransse", qui s’est donné pour but de recueillir les commentaires affligeants de bêtise, postés par des neuneus analphabètes sur les pages de sympathisants du sinistre FN. Il semblerait que le trait commun de ces français de souches, amoureux inconditionnels et racistes de la France, soit l’ignorance totale de l’orthographe de notre belle langue française. Le moins que l’on puisse dire, c’est que cet article américain entrait en résonnance avec ce que je venais de lire !

Une page Facebook "rigolautte" !


Ne désespérez pas, amis américains d’AlterNet, vos concitoyens n’ont pas l’apanage de la bêtise ! Les pays européens que vous citez en exemple dans votre article ne sont pas épargnés par cette maladie, oh combien plus grave que toutes les épidémies réunies !



De la bêtise,


Il y a différente façons de s’intéresser à la bêtise. Mais dans tous les cas, il faut le faire avec prudence, car n’oublions pas que personne, absolument personne, n’est à l’abri de dire ou faire une bêtise, dans un moment de faiblesse !
On peut par exemple l’étudier avec compréhension et bienveillance, dans le cadre des sciences humaines, comme l’a fait autrefois le regretté Michel Adam, dans son brillant essai sur la bêtise (à lire absolument).

On peut aussi s’en amuser comme le fit Gustave Flaubert en écrivant "Bouvard et Pécuchet", qu’il voulait sous-titrer "encyclopédie de la bêtise humaine".


On peut malheureusement hélas, s’en inquiéter, voire même s’en irriter, lorsqu’elle atteint certains sommets.



L’article d’AlterNet est vraiment étonnant, y compris vous le verrez, dans ses conclusions. Ce n’est pas la première fois que je vois des américains s’étonner du retard de leur pays dans bon nombre de domaines par rapport à nos pays européens. Cela me désole chaque fois d’autant plus, de constater combien le modèle de société qu’ils nous imposent détruit implacablement les cultures de nos pays d’Europe et leurs économies…



Avertissement :

J'ai quelque peu peiné pour traduire certains passages. N'hésitez pas à me faire vos remarques avec la page "contact". Wink



Curiosité :
Vous trouverez de nombreuses références à cet article sur internet, beaucoup de copiers-collers. Cet article fait cependant référence à un certain docteur Mato Nagel, un sociologue qui aurait réalisé une simulation informatique, dont il est très difficile de trouver traces. Certains petits curieux ont essayé comme moi de vérifier l'existence de ce personnage, ce qui s'avère difficile. L'un d'entre-eux a cependant trouvé quelque chose d'intéressant (ici), y compris le fameux papier de ce discret sociologue-informaticien, peut-être aussi un peu charlatan ("quack", en anglais). Mais cela fait partie de ces petits "détails" qui font l'intérêt de certains articles...



Voici l'article d'AlterNet :

OPINION



Le 29 décembre 2014

En 2011, le magazine Newsweek a demandé à 1000 Américains de faire le test standard US Citizenship, et 38% d'entre eux ont échoué. Une personne sur trois ne pouvait pas nommer le vice-président. Une étude publiée en 2009 dans le European Journal of Communications a comparé comment étaient informés des nouvelles internationales du jour, des citoyens des États-Unis, du Royaume-Uni, du Danemark et de la Finlande, et les résultats n’étaient pas bien beaux (PDF).

Les chercheurs ont observé que, dans l'ensemble, "les Scandinaves se distinguaient comme étant les mieux informés, avec une moyenne de 62% à 67% de réponses correctes, les Britanniques étaient relativement loin derrière avec 59%, et les Américains à la traîne à l'arrière avec 40%." Nous ne valions guère mieux quand il s’est agit des affaires intérieures nationales.

L'ignorance généralisée de la réalité objective pose une véritable menace pour la démocratie. Le peuple des États-Unis se trouve dans une grande ignorance.

La façon dont la démocratie représentative est censé fonctionner est assez simple: vous protégez les droits fondamentaux de la minorité (de sorte que deux loups et un agneau ne se retrouvent pas à voter ce qu’il y aura pour le dîner) puis la majorité des citoyens, agissant raisonnablement dans son propre intérêt, élit des représentants qui ont pour objectif le plus grand bien pour le plus grand nombre de citoyens.

Voilà pour la théorie, mais "raisonnable" est un mot clé dans cette formulation. Que se passe-t-il lorsque beaucoup de citoyens n’ont pas une solide compréhension de ce qui se passe dans le monde réel ?

Prenons quelques exemples particulièrement pertinents au vu de notre scène politique actuelle.

Les gens qui ne sont pas conscients de leur manque de compétence, ne peuvent pas juger de la compétence des politiciens

Les psychologues David Dunning de Cornell et Justin Kruger de NYU ont mené une série d'expériences montrant que des gens incompétents surestiment largement  leurs propres capacités. Dunning explique sur le site web "Life's Little Mysteries", que "Les gens de faible niveau qui ont vraiment de mauvais résultats, ceux du 10ème ou du 15ème centile, pensent que leur résultat s’inscrit dans le 60ème ou 55ème centile, donc, supérieur à la moyenne" (un centile étant chacune des 99 valeurs qui divisent les données triées en 100 parts égales, de sorte que chaque partie représente 1/100 de l'échantillon de population ).
Ils évaluent tout aussi mal la compétence des autres, ce qui pose un problème dans une démocratie représentative. De là cette théorie émise par le tabloïd à la mode, le Daily Mail, "que la démocratie a un défaut regrettable – celui que la plupart des gens sont tout simplement trop stupides pour choisir le bon candidat."

Le Dr Mato Nagel, un sociologue allemand, a récemment mis en œuvre un programme informatique sur la base des théories des professeurs Dunning et Kruger simulant une élection démocratique.

Dans son modèle mathématique d’une élection, il a supposé que les compétences personnelles à diriger des électeurs se répartissaient sur une courbe en cloche - certains étaient vraiment de bons leaders, certains, vraiment mauvais, mais la plupart étaient médiocres - et il a supposé aussi que chaque électeur était incapable de reconnaître les compétences en leadership d'un candidat politique comme étant meilleures que les siennes.
Lorsque la simulation a été lancée, les candidats dont les compétences de leadership n’étaient que légèrement meilleures à la moyenne ont toujours gagné.

Les politiciens pensent que leurs électeurs sont beaucoup plus à droite que les sondages ne le suggèrent

Selon une étude de David Broockman de l'Université de Californie et Christopher Skovron de l'Université du Michigan, ce ne sont pas seulement les citoyens qui sont déconnectés. Ils ont demandé à 2000 législateurs de l'État - républicains et démocrates – d’estimer quel pourcentage de leurs électeurs était en faveur du mariage homosexuel, la lutte contre le réchauffement climatique et les soins de santé universels. Les deux chercheurs ont trouvé un énorme fossé entre ce que les politiciens conservateurs pensaient des positions de leurs électeurs étaient et de ce que les sondages montraient effectivement. La fracture a été particulièrement marquée chez les républicains, qui ont surestimé l'inclinaison vers la droite de leurs électeurs en moyenne de 20 points de pourcentage.

"Pour mettre en perspective, 20 points de pourcentage, c’est à peu près l’écart entre l’esprit de parti de la Californie avec  celui de l'Alabama," ont écrit les chercheurs. "Il apparait que la plupart des politiciens croient représenter des électeurs qui sont très différents de leurs électeurs réels."

Les riches pensent que les riches devraient payer plus d'impôts, mais ils ne réalisent pas qu'ils sont riches

En 2011, Catherine Rampell du New York Times a rédigé une série d’articles montrant combien les Américains sont confus au sujet de la répartition des revenus de la nation et de leur place dans le monde. "Tous les Américains semblent penser qu'ils font partie de la « classe moyenne, " a-t-elle écrit , "même ceux qui se situent dans les 5% supérieurs aux autres travailleurs. En conséquence, ils se méprennent souvent quant à la réelle signification de ce mantra politique «nous allons taxer les riches »

Elle a poursuivi dans un article ultérieur :

Le dernier exemple révélateur a constaté dans une récente étude de Gallup, que six pour cent des Américains faisant partie des ménages gagnant plus de 250.000 dollars par an pensent que leurs impôts sont "trop ​​faibles". Sur ce même groupe, 26% ont déclaré leurs impôts étaient "à peu près justes", et un énorme 67% ont déclaré que leurs impôts étaient «trop élevé».

Et pourtant, lorsqu'on a demandé à ce même groupe de personnes à revenu élevé si "les gens à revenu élevé" payaient leur juste part d'impôts, 30% ont répondu que "les gens à revenu élevé" payaient trop peu, 30% ont dit que ce était une "juste part", et 38% ont dit que c’était trop.

Un revenu de 250 000 $ par an les inscrit selon toute estimation raisonnable dans les 4 pour cent des ménages américains – ayant un revenu supérieur.

Les américains ont une perception faussée de la vraie répartition des richesses (Le vrai titre est "Americans Like Sweden's Distribution of Wealth, and Think They Already Have It")

Dans une étude de 2011 publiée dans Perspectives on Psychological Science (PDF), l'économiste de Harvard Michael Norton et Dan Ariely, un psychologue de l'Université de Duke, ont donné un aperçu de la perception que les Américains avaient de la façon dont la richesse est stratifié dans leur pays et de ce à quoi une distribution "idéale" de la richesse pourrait ressembler.

Ils ont constaté que « les sujets questionnés sous-estimaient largement le niveau réel de l'inégalité de la richesse aux États-Unis, estimant que le quintile le plus riche détenait environ 59% de la richesse alors lorsque le nombre réel est plus proche de 84%."

Peut-être plus révélateur encore, "les sujets proposaient une répartition idéale des richesses qui étaient de loin beaucoup plus équitable que leurs estimations basses erronées de la répartition réelle, annonçant un désir pour le quintile supérieur de ne seulement posséder que 32% de la richesse." En Suède, ceux du top un pour cent obtenaient 36% de la richesse du pays quand l'étude y a été menée.


Les dépenses du gouvernement ont reculé sous Obama, mais personne ne le sait

Un sondage mené par Fox News a révélé que 83% des Américains pensent que les dépenses fédérales sont "hors de contrôle", jusqu'à 21 points depuis 2009.

Mais comme l’économiste Jared Bernstein le fait remarquer, les dépenses fédérales en proportion de notre production économique (qui a augmenté rapidement en 2007 et 2008 en raison de la crise) ont diminué depuis qu’Obama a pris ses fonctions en 2009. Même en termes de dollars dépensés, plutôt qu’en part de notre production, elles ont été essentiellement stables.


Rédacteur à Forbes, Rick Ungar ajoute que les dépenses ont augmenté plus lentement sous Obama que toute autre administration depuis ... attendez ... Eisenhower. Cela inclut le paquet de relance de 2009. (Et bien sûr, Reagan arrive en tête du peloton en termes d'augmentation des dépenses fédérales au cours de son premier mandat. Le fils Bush est arrivé deuxième lors de son second mandat.)



Le déficit a été stabilisé et se rétrécit, mais seulement 6 pour cent des Américains le savent

Selon le CBO (Congressional Budget Office), les déficits fédéraux prévus au cours des 10 prochaines années ont chuté de façon spectaculaire - de 4.500 milliards de dollars - depuis la fin de 2010. Le CBO dit que le déficit de cette année atteindra 845 milliards de dollars. Ce sera la première fois qu’il passe sous le seuil de 1000 milliards  de dollars depuis 2008. Mais au cours de cette même période, les Américains de toutes les allégeances politiques sont devenus plus préoccupés par le déficit, selon Pew.

Quelle est la cause de cette déconnexion ? Simplement l’ignorance. Un sondage mené par Bloomberg News a constaté que "la taille et la trajectoire du déficit américain est mal comprise par la plupart des Américains, avec 62% qui disent qu’il devient plus grand, 28% qui disent qu’il est à peu près identique cette année et seulement 6% qui disent qu’il est en diminution".


L'aide à l’étranger n’est que menue monnaie

L'énigme séculaire en termes d’opinion du public en matière de priorités fiscales consiste dans le fait que les Américains veulent des moins d’impôts, moins de gouvernement et moins de déficits, mais qu’ils s'opposent aux coupes budgétaires de n'importe quel programme spécifiques autre que "la défense".

Comment peut-on résoudre la quadrature du cercle ? En constatant combien la plupart des gens comprennent la façon dont leurs impôts sont dépensés. Un sondage réalisé en 2011 par CNN a révélé que les Américains, en moyenne, pense que nous dépensons 10% du budget fédéral pour l'aide étrangère, et un sur cinq dit que nous dépensons 30% ou plus pour aider les autres à l'étranger. Le chiffre réel est d’environ un pour cent.

L'Américain moyen pense aussi que nous dépensons 5 pour cent du budget pour la radiodiffusion publique, alors qu’en en fait c'est juste un dixième de un pour cent.

Selon un sondage Gallup de 2011 , "les Américains, en moyenne, disent que le gouvernement fédéral gaspille 51 cents de chaque dollar d'impôt, soit le plus haut niveau qui ait jamais été enregistré depuis le premier sondage qui a été effectué en 1979."

Gaspillage est un terme subjectif, mais voici où vos dollars vont, selon le Centre de priorités budgétaires et politiques.



Alors, devrions-nous tout simplement abandonner la démocratie ?

Winston Churchill est connu pour avoir dit : "La démocratie est la pire forme de gouvernement à l'exception de toutes les autres formes qui ont été essayées de temps à autre." (On le lui a fait dire, mais à l'époque,  il citait un prédécesseur).  Le problème n’est pas tant la forme de gouvernement, que l'ignorance quant à notre système politique. Et c’est un problème qui peut être résolu.

L'étude citée ci-dessus, qui a constaté que les gens au Royaume-Uni, du Danemark et de la Finlande étaient beaucoup mieux informés sur les questions d’actualité, a montré que certaines des différences pouvaient être attribuées à différents modèles de financement des médias. Les trois pays européens ont tous plus de télévisions et de radios publiques, qui offrent plus de nouvelles et d’analyse difficiles, et moins d’esbroufe comme les chercheurs l’ont constaté.

L'éducation est une autre grande différence. Dans ces pays, les dépenses d'éducation sont plus ou moins uniformes entre les écoles et les districts scolaires. Aux États-Unis, le montant consacré à l'éducation par le district et l’état varie énormément par école. Et alors qu’il est en vogue d’accuser les enseignants et leurs syndicats des maux de notre système éducatif, la réalité est que la pauvreté et les inégalités sont les forces motrices qui se cachent derrière les relativement faibles résultats scolaires de nos enfants.

Comme Linda Darling-Hammond, professeur d'éducation à Stanford, le dit à AlterNet," les élèves dans les écoles américaines, où moins de 10% des étudiants vivent dans la pauvreté, sont en fait en numéro un dans le domaine de la lecture. Les endroits où l'on voit vraiment des effets négatifs sont dans le nombre croissant d'écoles où plus de 75% des enfants sont pauvres. Les enfants de ces écoles obtiennent des niveaux qui sont proches de celles des pays en développement."



Qu'en pensez-vous ?

Ne s'agit-il pas plutôt d'un constat de l'ignorance du peuple, que de celui de sa stupidité ?
Les conclusions sont étonnantes, non ? Un meilleur système éducatif, un service public d'information, nous sommes bien loin des dogmes imposés par l'économie libérale américaine !

Certains passages me semblent même emprunts d'une certaine naïveté. Est-elle feinte ?

En lisant le passage sur le redressement budgétaire du gouvernement, j'ai repensé à la fausse crise financière du Canada en 1993. Peu importe la réalité, ce qui semble compter, c'est que les peuples soient persuadés que tout va horriblement mal. La fameuse stratégie du choc, peut-être ?

Vous pouvez si le sujet vous intéresse (et si vous lisez bien l'anglais) lire cet autre article sur le site américain Ring of Fire, intiltulé "l’anti-intellectualisme détruit la démocratie aux Etats-Unis". On y parle, entre autre, de l’excellent livre publié par Susan Jacoby il y a quelques années "The age of American unreason".



Qu'en est-il chez nous ?

Politiquement, les pauvres, comme aux USA, votent contre leurs intérêts.
Notre système éducatif produit à la chaîne des jeunes diplômés, mais incultes (quant ils ne sont pas illettrés).
Les médias, dits d'information, abrutissent leurs parents avec un discours catastrophique de crise permanente, alors que le pays n'a jamais été aussi riche (et les richesses aussi mal réparties).
Vous trouvez que j'exagère ? Peut-être...



L'autre visage de la bêtise

Mais le plus grave, c'est que la bêtise a changé de visage.

Il ne s'agit plus de la bêtise bêbête, presque gentille, à la Homer Simpson.

Il s'agit de la bêtise méchante, haineuse, celle des impuissants et des ignares "marinant" dans le ressentiment.

Trop stupides pour prendre conscience de leur stupidité, ils vomissent avec fierté leur bêtise incommensurable, sous le sourire bienveillant de leurs futurs maîtres.

Vous avez le cœur bien accroché ? Alors allez visiter la page Facebook "Les illettrés Patriautes de la Fransse". Vous y découvrirez l'un des visages de la bêtise, parmi les plus immondes.

Le fait que ces pauvres bougres ne sachent plus écrire n'est pas anodin. On ne leur a pas appris les mots, les mots pour dire, les mots pour penser. Il n'a pas été nécessaire de leur interdire d'apprendre, il a suffi de les convaincre de l'inutilité du savoir.




La démocratie est gravement malade, c'est vrai.


Des remèdes ?

L'école aurait pu être une solution, mais ils semble qu'elle ait renoncé à instruire les élèves. J'ai connu des professeurs qui sous prétexte d'équité, interdisaient d'acheter des livres et distribuaient d'infâmes photocopies à lire. Pour certains, la lecture est même considérée comme une pratique élitistedonc blâmable...

La presse aurait pu être une solution, mais il semble qu'il y ait à présent plus de communicants que de journalistes (4,6 communicants aux USA pour 1 journaliste !)

N'y a-t-il plus à présent de place que pour la seule propagande ? L'outil indispensable pour fabriquer l'opinion publique en démocratie.
En démocratie ? Vraiment ?



Conclusion inattendue.

Ne nous décourageons pas ! Je suis persuadé que le désir de savoir est toujours là et qu'il suffit de peu parfois pour le réveiller. Nombre de sites sur Internet, y compris les plus délirants parfois, sont là pour répondre à une soif de connaissances qui n'a pu être étanchée à l'école ou ailleurs.

La bêtise n'est pas nouvelle et c'est un avantage que nous avons, d'en avoir connu ou expérimenté toutes les variantes.



Et voici pour vous remonter le moral !

Lisez donc cet article à propos de ce gars génial qui a créé une arme d'instruction massive à Buenos Aires : "Un tank qui distribue des livres pour lutter contre l'ignorance"



Osons le savoir !





Post Scriptum :

Un conseil de lecture, pour essayer de mieux comprendre ?
Ce livre édité par le CNRS, peut-être ? Wink


J'espère ne pas avoir fait trop de fautes d'étourderie ! Frown