jeudi 19 juin 2014

Le bon peuple, la transition énergétique et la peur…

(Les titres sur Transitio ! Vraiment des fois !) Wink



Acta est fabula (La pièce est finie)


La farce courtelinienne de la transition énergétique française est enfin terminée. Fidèle à son dogme notre infaillible présidentissime a décidé de ne rien décider. Il a sacré "grande prêtresse de l’énergie", Ségolène, son ex-femme, afin que celle-ci ait l’honneur de psalmodier le mantra sacré d’Areva :
« Nous ne sortirons pas du nucléaire, ce n’est pas le choix qui est fait. Je dirais même que c’est grâce à l’énergie nucléaire aujourd’hui, à la sécurité qu’elle apporte que nous pouvons accélérer et faire sereinement la transition énergétique". A-t-elle révélé au bon peuple émerveillé.

Aux grands maîtres de la "com" à présent, aux spin doctors du storytelling, de nous faire avaler la pilule bleue, à grand renfort de propagande, pour faire croire au bon peuple que tout ira pour le mieux (En recopiant par exemple, les communiqués de presse  d’Areva, Total et consorts).



L'écologie façon Qatar ?


L’écologie, le moins que l’on puisse dire "bon peuple", c’est qu’ils se seront donné du mal pour te convaincre que ce n’était pas pour toi. Du moment que les paysages restent photogéniques pour Yann Arthus Bertrand, contente-toi d'acheter les DVD de cetéco-tartuffe qui supporte le mondial de foot au Qatar et regarde-les sur l’écran plat que tu as acheté à crédit. Du reste, il semble qu’ils se soient rendu compte que même le ministère de l’écologie ne servait plus à grand-chose !


Ecologie verte kaki !

Sais-tu "bon peuple" que 250 millions d’euros vont être réaffectés du budget du ministère de l’Ecologie vers celui de la Défense? C’est ce que prévoit le projet de loi des finances rectificative pour 2014. 170 millions d’euros seront piochés dans l’enveloppe prévue pour la transition écologique et énergétique, 50 millions dans le programme "villes et territoires durables" et 30 millions dans le programme "innovation" !
Lis cet article sur le très sérieux site des Echos :"Quand l'écologie finance l'armée".
N’as-tu pas l’impression que l’on se moque un peu de toi ? C’est vrai que la Défense, c’est utile aussi, mais utile pour qui ? Contre qui ?...
Sais-tu aussi "bon peuple" que depuis déjà plusieurs décennies la crise de l’énergie est la cause directe ou indirecte de presque tous les conflits ? Non ? Tu n’as pas lu cela dans L’Equipe, Métro ou Le Point ?





Les aigrefins qui te font croire que tu pourras continuer dans 20 ans d’aller en vacances en Espagne avec une voiture électrique, se moquent gentiment de toi. Tout est bon pour te faire croire que cette énergie mortifère est miraculeuse ! On est même allé jusqu'à chauffer tes logements avec des grille-pains électriques ! Et je ne te parle même pas de la tarte à crème, dunucléaire créateur d'emplois !
Mais ne te fâche pas "bon peuple", c’est pour ton bien si l’on te raconte toutes ces fadaises, c’est juste pour que tu ne te fasses pas de souci, pour que tu ne prennes pas peur. Car comme le disais ta grand-mère : "La peur est mauvaise conseillère".
Si par exemple, "bon peuple", tu connaissais le vrai coût du nucléairetu risquerais de ne pas comprendre l’absurdité de ce choix, et pire que tout "bon peuple", si tu connaissais les vrais risques du nucléaire, tu passerais des nuits blanches, le front en sueur, le cœur battant, les doigts crispé sur tes draps blancs, à guetter le moindre souffle de vent, et de mauvaises idées risqueraient de te venir en tête !



La peur...


La peur est en effet mauvaise conseillère, et si l’on y réfléchit un peu, nous pourrions nous demander ensemble "bon peuple" (car je fais partie de toi), si une certaine peur ne soufflerait pas des idées folles dans les esprits éclairés mais inquiets de nos élites !

Peut-être craignent-ils que nous comprenions que les vraies solutions à la crise de l’énergie, sont les économies d’énergie, lesproductions propres, variées et décentralisées, les transferts, le partage, la sobriété heureuse ?

Que deviendraient alors les entreprises du CAC 40 si tout un chacun se mettait à produire de l’énergie et à la partager ? Où mettraient-elles leurs précieux compteurs ? Comment pourraient-elles bâtir des empires financiers gigantesques en percevant par des contrats léonins les revenus colossaux que produisent leurs réseaux de distribution d'énergie ou d'eau ?

Que deviendraient les marchands d’armes qui possèdent nos groupes de presse si l’on n’avait plus besoin de faire la guerre pour piller de l’uranium, du pétrole ou du gaz ?

Que deviendraient nos industries chimiques si l’on se mettait à cultiver la terre sans l’empoisonner de mixtures que les paysans ne peuvent répandre qu’à l’abri de combinaisons de cosmonautes ? Déjà que l’arrêt de la fabrication des bombes avait failli les ruiner à la fin de la seconde guerre mondiale ! (le nitrate des engrais sert aussi à faire des bombes).

Que deviendraient les géants du bâtiment et des travaux publics si l’on arrêtait de construire des aéroports inutiles, des métros tentaculaires reliant des écoquartiers toujours plus éloignés des batteries de bureaux où l’on passe son temps à faire un boulot lui aussi inutile ? (le fameux boulot à la con destiné à occuper les masses). Que deviendraient-elles "bon peuple" si tu te détournais des coûteux stades qu’elles ont construits pour que tu t’y abrutisses ? Elles préfèrent en effet te voir brailler dans les gradins que brandir des pancartes dans des manifs ! Lorsque tu protestes, tu n'es plus à leurs yeux le "bon peuple", mais tu deviens "populace"...



Question :


T’es-tu déjà demandé "bon peuple" pourquoi l’on démolissait dans nos si belles provinces, les hôpitaux, les écoles, les voies ferrées et gares qui existent déjà, pour en reconstruire à grands frais dans les monstrueuses mégapoles rêvées par nos élites ? Te sens-tu préparé bon peuple, à vivre dans des "villes-mondes" surpeuplées où tu écouteras une soupe musicale, le regard vide rasant le sol, comme les cochons, vaches et poulet dans leurs élevages industriels concentrationnaires ?


Nos élites ont-elles peur que nous nous dispersions dans les campagnes riantes, comme des veaux ivres de liberté échappés du camion du boucher ? Nous risquerions en effet de reprendre goût à  la nature, à l’espace, au jardinage, aux parties de pétanques entre collègues ou voisins, aux barbecues dans les jardins ! Nous risquerions de nous rendre compte que c’est plus rigolo que de jouer à Candy Crush dans le métro !

Que deviendraient nos maîtres dans leurs éco-chateaux, si nous comprenions que la transition énergétique était aussi une chance, peut-être la dernière, de construire un autre monde ?

Sais-tu "bon peuple" que tes enfants pourraient avoir un travail, si l’on faisait le choix d’isoler les maisons ou d’en construire de plus confortables et plus économiques, fabriquer des éoliennes, poser des panneaux solaires, cultiver les friches ou entretenir les forêts, plutôt que de créer de gigantesques centrales énergétiques automatisées et dangereuses et des exploitations agricoles gigantesques polluantes et désertiques ?
Peut-être même que tes petits enfants préféreraient les balades en vélos en forêt pour aller construire des cabanes, plutôt que les jeux vidéo dans lesquels ils massacrent des gobelins sanguinaires dans les forêts virtuelles de World of Warcraft !



La peur de qui ?


Les trappes vont bientôt se refermer derrière toi "bon peuple". Tu vas continuer encore un bon moment de courir comme un ratdans les rues bondées ou les couloirs du métro, sous les regards sans conciences de toujours plus de machines. Tu courras de case en case, où l’on te "suggérera" de courir, en ânonnant ce que l’on aura mis dans ta tête pendant tes moments de "cerveau disponible".


La peur est mauvaise conseillère, vraiment, sache-le bon peuple.

Et si tu le permets, je vais te dire un secret. Ils ont peur de toi, comme ils avaient peur de toi en 1789, 1792183018481871et bien d’autres fois en d’autres endroits.

Alors retirer 250 millions d’euros à la transition énergétique, pour financer l’armée qui nous protège, mitraillette à la main dans les gares du RER, pourquoi pas ?

Qu’en penses-tu bon peuple ? Qu’en penses-tu ami lecteur, amie lectrice ? Smile

Tu me prends pour un plaisantin à cause du ton quelque peu pamphlétaire, voire farfelu, de cet article ?

Avais-tu lu cet autre article sur Transitio ? Quand un état commence à craindre sa population.

Pourquoi ne pas lire alors sur le site du "4ème singe", cette bonne traduction d’un article publié récemment sur le site du très sérieux journal anglais "The Guardian" ? Le Pentagone se prépare à contrer les moments de rupture de la sociétéPentagon preparing for mass civil breakdown.

Je me souviens aussi de cet article sur le site du Wall Street Journal, en août 2011...

Lis aussi cet article en anglais sur ces nouveaux drones pour réprimer les manifestations :



Oui, je sais, j'exagère !

Je sais bien que tout est un peu plus compliqué que cela, bien sûr ! Mais quand même, quand même...


As-tu encore besoin d’un peu de temps pour réfléchir "bon peuple" ?


Les bons conseils de tonton Transitio : Smile

  • Réjouis-toi du temps que tu crois perdu, car bien souvent, au contraire, c’est du temps retrouvé !
  • Une grève des transports ? Quelle chance ! Flâne, discute avec ton voisin !
  • Ne te mets pas à courir comme un rat de laboratoire lorsque la sonnerie du métro te signale que les portes vont se refermer !
  • Détourne ton regard de ces nouveaux écrans inutiles (et consommateurs d’énergie) que la RATP fait poser partout pour t’indiquer si ton bus part dans 3 ou 7 minutes, et ne court pas pour aller travailler, seuls les rats font cela pour un morceau de fromage !

    Bon j'arrête ici mes sentences. On dirait le Dalaï-Lama ou les niaiseries de la pensée positive ! Wink


    Malgré tout, un autre monde est peut-être encore possible, juste là, à côté de toi



    Peut-être...


    Peut-être pas.



    mercredi 11 juin 2014

    Etats généraux sur le Titanic


    (Mais qu'est-ce que c'est que ce titre !)



    Un rêve ridicule ?

    Ce soir j’ai fait un rêve ridicule. Si vous me le permettez, je vais vous le raconter, puisque sur Transitio nous sommes entre-nous.

    Vous l’avez peut-être deviné, je me fais, à juste raison je pense, du souci pour notre avenir commun. Comme vous le savez sûrement, nos rêves se nourrissent souvent de ce que nous avons vécu, ou lu…
    Certaines personnes, dont je fais partie, lisent non-pas parce qu’ils n’ont pas de vie, mais parce qu’ils aiment en avoir plusieurs, ou parce qu’ils ont envie d’apprendre de celles des autres…



    Vœux pieux

    Je vais m’efforcer de rédiger un article court, car je connais mon penchant pour la digression et je ne désire rien tant que vous lisiez celui-ci jusqu’au bout.



    Début précautionneux,

    Comme moi, vous avez compris que tout semblait aller de plus en plus mal. Alors que le progrès et la croissance auraient dû nous apporter le bonheur rêvé par nos parents, nous nous rendons compte que nous vivons de plus en plus mal et que cela sera encore pire pour nos enfants. Nous sommes de plus en plus nombreux à faire ce constat consternant.




    En fait, c’est comme si nous étions des passagers de troisième classe, tapis au fond de la cale d’un énorme paquebot dénommé "Société". Sans cesse de nouvelles vagues de crises toujours plus hautes, toujours plus violentes, viennent se fracasser sur la coque du navire. Et chaque fois un galonné descend des salons dorés des premières classes, pour nous faire la morale et nous demander de ne pas bouger et surtout de nous débarrasser du peu qui nous reste, que l’on nous accuse d’être cause du déséquilibre du navire. Nous les écoutons et nous perdons toujours plus, au grand bénéfice des bienheureux qui font la fête en première classe. Sans que personne ne fasse le rapprochement, le bateau est de plus en plus déséquilibré et bien sûr, un officier expert ne tarde jamais à venir nous le reprocher. Les officiers experts se sont bien rendu compte que le bateau ne tenait plus très bien la mer. Ils se réunissent parfois sur le pont supérieur pour discuter du problème. La principale doctrine qu’ils ont retenue de leur école de marine économique, a été jusqu’à présent de faire descendre tous les passagers de la seconde classe, (appelée autrefois classe moyenne), en troisième classe. Certains avant-gardistes imaginent déjà hardiment d’automatiser la presque totalité du bateau et de se débarrasser progressivement de cette 3ème classe qui bientôt ne servira plus à rien.

    3ème classe, bientôt inutile...


    Non, ne souriez pas, c’est presque cela. Chaque jour, un expert officier vient vous expliquer dans votre journal ou à la télé que c’est à cause de vous que le navire ne tient pas la tempête. C’est pourtant vous et vos parents qui avez construit ce magnifique et riche bateau que l’on appelle Société…

    Experts en marine économique libérale

    Bien sûr, de temps en temps, ont nous demande de voter pour donner notre avis. Mais pour bien voter, il faut savoir, il faut se souvenir, se souvenir par exemple par qui et dans quel but ce beau bateau que l’on appelle Société a été construit. De toute façon, bientôt l’accès à la bibliothèque nous sera refusé, bientôt nos enfants ne sauront peut-être plus rien lire d’autre que les consignes de sécurité du bord, joliment ornementées de pictogramme avertisseurs. N’oublions pas non plus que pour ne pas arranger les choses, tout est fait pour entretenir la zizanie entre les passagers de troisième classe de tribord et les passagers de troisième classe de bâbord…

    Alors que faire ? Une mutinerie ? Elire de nouveaux officiers qui prendront les commandes et qui dès qu’ils se retrouveront dans les salons dorés oublieront d’où ils viennent et rédigeront de nouvelles règles de vie à bord toujours plus sévères ?



    Article trop long ! Frown

    Oups ! Ca y est ! Je deviens trop long ! Peut-être que certains d’entre vous ont déjà cliqué ailleurs. Je compte sur ceux qui sont encore là pour leur raconter la suite.



    La suite, la voila...Smile

    Vous et mon petit moi, sommes conscients du moment du naufrage qui approche et nous ne voulons pas rester à l’attendre en fond de cale avec une nausée grandissante.

    Nous n’avons plus confiance dans nos élites autoproclamées. La myopie de notre dernier "grand timonier" est la pire qui ait jamais été diagnostiquée, l’incompétence de ses experts officiers et autres valets a atteint des sommets, et nous nous méfions de plus en plus de ceux qui au milieu de nous veulent parler en notre nom !

    "Le grand timonier"



    Encore un livre,

    En me promenant entre les étagères surchargées de livres de mon cerveau, j'ai retrouvé le souvenir d’un excellent livre lu récemment qui évoquait les Etats Généraux de 1789…
    Excellent livre (Cliquez sur l'image)

    Cela se passait en un temps lointain où nos aïeux qui souffraient misère depuis des siècles eurent pour la première fois l’idée de secouer leurs chaines. Bien sûr leur tragique histoire a depuis longtemps été réécrite par des officiers experts en révision.
    Hélas, ceux pour qui 1789 n’est pas la date de la première guerre mondiale (ce que l’on m’a dit hier), sont presque tous convaincus à présent que leurs grands parents affamés se sont comportés comme des psychopathes sanguinaires avec la si gentille Marie Antoinette. Bref !

    Pseudos historiens révisionnistes (et royalistes)



    Ils l'ont fait !

    En 1788, certains ont eu l’idée, compte tenu de la situation de crise et de faillite du pays, de demander au roi de convoquer les états généraux de France. Suite à cette idée que tout le monde ou presque a trouvé géniale, dans chaque village et ville de France, les gens sont venus dicter ou écrire dans des cahiers leurs doléances au roi. Une fois ces cahiers remplis, ils ont été portés en délégation à Paris, afin que le roi en prenne connaissance et que des délégués élus débattent en bonne entente avec le roi des initiatives à prendre. (Il s’est trouvé que ce bon roi n’avait pas bien compris la situation et que, sûrement mal conseillé, il ne prit que des mauvaises décisions. Mais c’est une vieille histoire.)

    Pourquoi ne pas faire de même à présent ? Le précédent "petit timonier" de l’Elysée n’avait-il pas organisé un grand débat sur l’identité nationale pour diviser encore plus les passagers de troisième classe ?

    Le "petit timonier"



    Pas une révolution.

    Ne vous méprenez pas sur mes intentions. Je ne rêve pas d’une révolution sanglante ! Vous le savez déjà si vous avez lucertains de mes articles sur Transitio.

    Je pense en toute bonne fois (et naïveté bien sûr) que c’est peut-être l’ultime solution pacifique avant la vague qui nous emportera.

    Peut-être même aurons-nous alors l’agréable surprise de nous découvrir un peuple aussi bon et généreux que l’étaient nos aïeux, bien différents de ces pauvres hères de l’extrême tribord, rendus mauvais par la peur, qui rêvent de balancer par-dessus bord les derniers arrivés dans la soute ?
    Cliquez sur l'image ci-dessous et vous serez surpris de découvrir dans ce cahier de doléance de 1789, combien les habitants de ce village de Champagne avaient le "cœur pénétré de la plus vive douleur" de savoir les souffrances endurées par les noirs des colonies !



    Impossible ?

    Comment faire ? La tache est impossible, pensez-vous ? Mais près de 25 millions de Français y sont bien arrivé en 1789 avec de simples cahiers de papier de l’encre et des plumes !


    Alors on y va ? On se dit un cahier pour mille habitants ?
    Qui ira porter ces cahiers au roi de l’Elysée ? Pourquoi pas des citoyens tirés au sort ?



    Un rêve...

    Un rêve vous avais-je dit. Un rêve que j’ai pris à plaisir à vous raconter ce soir et dont j’espère que certains d’entre vous ont eu un peu envie de partager.

    C’était un rêve ridicule, peut-être même le rêve d’un homme ridicule, que bien sûr, d’autres ont fait avant moi. Mais l’alternative, c’est quoi ?





    Post Scriptum :

    Il y a des moments où je me sens moins seul. Comme ce jour où j'ai vu que le journal Marianne avait eu la même idée que moi, en titrant à sa une du 28 août 2014 :"Les cahiers de doléances des Français"...

    Il n'y a pas eu de suites, bien sûr, mais ça m'a fait plaisir.

    Merci Marianne Smile
    Cliquez sur l'image pour accéder à leur site.