dimanche 23 mars 2014

Reprendre le pouvoir ou s'en déprendre ?




J’ai reçu cette semaine un sympathique message du mouvement des Colibris m’invitant à reprendre le pouvoir !


Voici un extrait de leur message, auquel je ne peux que souscrire :
« L’engagement citoyen ne se limite pas au vote et aux élections. Par nos actions individuelles et collectives sur nos territoires, par l’expérimentation de modes de gouvernance novateurs, par les ICE, nous pouvons vivifier la démocratie ! Plein d'autres pratiques remarquables existent : tirage au sort, référendum populaire, budget participatif, unions de quartiers… »


Je vous invite à découvrir le mouvement des Colibris si vous ne le connaissez pas, en visitant leur site : Mouvement des Colibris.



Reprendre le pouvoir ?

Quel programme me suis-je dit ! Mais l’avons-nous seulement eu un jour ? Et que deviendrons-nous lorsque nous l’aurons obtenu ? Des gens ayant du pouvoir ? Sur qui alors ? Sur d’autres gens voulant reprendre ce pouvoir ?
Et si le pouvoir était la clé du problème ?
En cette période d’élections, je me suis demandé pourquoi nombre d’élus semblaient changer de personnalité lorsqu’ils accédaient à leurs fonctions.


Il m'arrive d'avoir de drôles d'idées...

Curieusement, je me suis souvenu de l’expérience de psychologie expérimentale de Stanford menée par Philip Zimbardoen 1971 (Aussi appelée "Effet Lucifer").

Celle-ci devait se dérouler sur deux semaines. Les sujets (tous étudiants) ont été amenés à participer à un jeu de rôle. Un quartier de détention, plus vrai que nature, avait été construit dans les sous-sols de l’Université de Stanford pour les besoins de l'expérience. Les sujets ont été recrutés par voie de presse via le journal local. L'annonce promettait une rétribution financière de 15 dollars par jour pour les participants. Sur 70 candidats, 24 ont été retenus suite à la passation de tests psychologiques. Les 24 sujets étaient tous en excellente conditions physique et mentale et étaient issus de différents milieux et de divers endroits. Au hasard, la moitié d'entre eux a été choisie pour jouer les rôles de prisonniers et l'autre moitié, les rôles de gardiens de prison.

Quand l'expérience a démarré, les 12 sujets, qui jouaient le rôle des prisonniers, ont été arrêtés à leur domicile, alignés devant une voiture de police, menottés, fouillés et conduit à la prison.

Les gardiens devaient mener les prisonniers au sous sol de l'université et rester avec eux.
Sitôt arrivés, les prisonniers ont été déshabillés et enduits d'une lotion antiparasites. Chacun recevait ensuite une casquette visant à dissimuler ses cheveux ainsi qu'une blouse qu'il devait porter sans sous vêtements. Ils étaient ensuite conduits à leur cellule.

A l'inverse, les 12 sujets qui jouaient le rôle des gardiens de prison reçurent un uniforme, des lampes de poches, des lunettes de soleil et, bien sûr, l'autorité sur les prisonniers.

Certaines personnes ont craqué au bout de quelques jours. Et l'expérience a dû s'interrompre au bout de six jours !

En fait, les prisonniers se sont révoltés et les gardiens ont immédiatement répondus par la répression. Ils ont privé de nourriture ceux qui en demandaient et inversement ont forcé à manger ceux qui s'engageaient dans une grève de la faim. Ils soumettaient les prisonniers à toute sorte de sévices physiques : brimades et vexations. Ils allèrent jusqu'à les priver de sommeil, confiner certains d'entres eux à l'isolement total, leur faire nettoyer les toilettes à mains nues ou encore obliger d'autres à uriner dans un sceau.

Les résultats montrèrent que les prisonniers devinrent rapidement apathiques.

L'auteur ne pensait pas que cela pouvait se passer dans une situation de jeu et les résultats allèrent bien au delà de ses attentes.

Cette expérience a montré que c'est la définition de l'environnement social qui structure les conduites et les perceptions, et ce,  jusqu'à un point que nous sous-estimons...


Cette petite vidéo d'Arte vous présente l'expérience de Stanford et fait un rapprochement avec ce qui s'est passé dans la prison d'Abou Ghraïb.





Quel rapport avec le pouvoir politique ?


Peut-être que cette expérience vous rappelle celle de Milgram sur l’autorité ? Mais ce n’est pas à cela que je pense en évoquant celle de Stanford.

Je pense que le rôle qui vous échoit dans la société, que vous l’ayez choisi ou non, conditionne votre comportement. Ainsi ces étudiants qui jouaient à être des gardiens de prison ont fini par se comporter comme ils imaginaient être des gardiens de prison.

Contrairement à ce que dit le vieux dicton connu de tous : "L’habit fait le moine !".
Et pas seulement l’habit ! Le décor également !

Comment ne pas finir par se comporter comme un monarque, lorsque la fonction à laquelle le suffrage populaire vous a élu, vous oblige à vivre dans des palais ornés de toutes les luxueuses marque du pouvoir absolu ? (marbre, dorures, tableaux, etc.)

Comment ne pas finir par croire que si l’on se retrouve là après avoir été élu, c’est parce que l’on a un destin, une mission ? Comment ne pas croire, consciemment ou non, que l’on n’est pas seulement un élu, mais l’élu ?

Combien d’hommes politiques auraient la force de caractère et l'intégrité d’un Lucius Quinctius Cincinnatus pour retourner comme lui labourer nu son champ, après avoir eu le pouvoir absolu ?

Le rôle qui vous échoit, le costume qui vous pare, le décor qui vous entoure, et vous voilà autre…




Voila probablement pourquoi l’oligarchie perdure de siècle en siècle, quelque soit le régime politique...



Se déprendre du pouvoir...

J'étais perdu ce matin dans ce genre de réflexions, lorsque je suis tombé en parcourant Facebook, sur une vidéo de l'inclassable Etienne Chouard, ce professeur qui défend avec ardeur l'idée d'une démocratie par tirage au sort. Voici le lien vers son site : Le Plan C : Instituer une vraie démocratie par une Constitution d'origine Citoyenne.

Dans cette courte vidéo, Etienne Chouard parle de la drogue du pouvoir, celle qui transforme les gens.




Je pense qu'il n'est pas loin d'avoir raison. Je doute cependant que cette addiction au pouvoir puisse disparaître. Tout au plus pourrions-nous imaginer des solutions pour atténuer l'ivresse qu'il donne à nos cerveaux de primates, conditionnés depuis des millénaires à la soumission aux mâles dominants.
  • Désacraliser les fonctions politiques ?
    • Faire travailler nos présidents, ministres et sénateurs dans des immeuble de bureaux et non dans des palais ?
    • Supprimer voitures et appartements de fonctions ?
    • Des mandats plus cours et révocables immédiatement en cas d'incompétence ou de faute ?


Rien de nouveau hélas...

Cette nocivité du pouvoir n’est hélas pas une découverte récente (je sais rester modeste) Wink.
Machiavel, au début du XVIème siècle, a écrit dans son célèbre ouvrage politique "Le Prince" : "Le pouvoir corrompt, le pouvoir absolu corrompt absolument ".


Post Scriptum :
La psychologie sociale vous intéresse ? Visitez l'excellent site Psychologie-Sociale.com




La mort n'est pas un jeu




On ne peut comprendre la société dans laquelle nous vivons et la situation d’impasse dans laquelle elle se trouve, qu’en essayant de comprendre comment fonctionne le cerveau humain.

J’ai lu autrefois les ouvrages d’Henri Laborit puis de Jean-Pierre Changeux. On peut lire à présent les livres de Jean-Didier Vincent. J’ai essayé dans un article de Transitio de vous faire découvrir cette caverne platonicienne dans laquelle nous sommes prisonniers, celle du cerveau.



La compréhension du fonctionnement humain a fait d’immense progrès ces dernières décennies. Peut-être pouvons-nous nous passer (pour le moment) de comprendre les progrès de la physique quantique. Mais il me semble qu’il est de notre plus grand intérêt de comprendre comment nous pensons. Car si nous ne faisons pas cet effort, sachez que d’autres le font à notre place et que cela ne peut être qu’à nos dépends.


J’ai donc choisi de vous donner à voir cette vidéo intitulée "Le jeu de la mort" que j’ai trouvé sur le site du 4ème singe. Il s’agit d’un documentaire, réalisé en 2009, qui s’inspire de la célèbre expérience de Milgram. L’objectif de cette expérience de psychologie sociale était de mesurer le niveau d’obéissance à un ordre même contraire à la morale de celui qui l’exécute.

Voici la description que donne Wikipédia de ce documentaire : le jeu de la mort.

"Le Jeu de la mort est un documentaire écrit par Christophe Nick, réalisé par Thomas Bornot et Gilles Amado et coproduit par France Télévisions et la Radio télévision suisse1 en 2009. Diffusé pour la première fois en mars 2010, il met en scène un faux jeu télévisé (La Zone Xtrême) durant lequel un candidat doit envoyer des décharges électriques de plus en plus fortes à un autre candidat, jusqu’à des tensions pouvant entraîner la mort. La mise en scène reproduit l’expérience de Milgram réalisée initialement aux États-Unis dans les années 1960 pour étudier l’influence de l’autorité sur l’obéissance : les décharges électriques sont fictives, un acteur feignant de les subir, et l’objectif est de tester la capacité à désobéir du candidat qui inflige ce traitement et qui n’est pas au courant de l’expérience. La différence notable avec l’expérience originelle est que l’autorité scientifique est remplacée par une présentatrice de télévision, Tania Young."



Impossible que ce film passionnant ne vous fasse pas réfléchir !

Comme beaucoup de vidéos, celle-ci disparaît régulièrement (pour des raisons bien légitimes), pour réapparaître tout aussi régulièrement. Il suffit de chercher un peu.




Si le sujet de la psychologie sociale et des techniques de manipulation vous intéresse, je vous conseille d'aller visiter ces deux pages de Transitio :

Personnellement cette fascination de la mort, cette chosification du corps qui envahit notre société me donne la nausée. Raison pour laquelle les expositions de cadavres platinisés m’ont révolté et que je bous de colère à chaque fois que je vois une tête de mort sur une robe ou un sac à main. Inutile de vous dire de ce que je pense de la tentative d’imposer la fête d’Halloween en France…

Je me pose la question de savoir si cette dérive ne serait pas l’aboutissement logique de la façon dont nous traitons le monde depuis longtemps. Nous avons considéré la nature, comme une chose exploitable à volonté. Nous avons traité les animaux comme s’ils étaient des automates sans consciences, animés par leur seul instinct. Nous les incarcérons par milliers dans des usines concentrationnaires, les réduisant à une ressource protéinique à peine vivante, avant de les abattre à la chaîne. Les interminables couloirs de leurs fermes abattoirs éclairés de néons nuit et jour dans lesquels coule une insipide musique, ne ressemblent-ils pas de près ou de loin à nos cités dortoirs ou nos yeux écarquillés fixent sans pleurer d’insoutenables images à la télé ?





Je vous conseille de lire le formidable livre d’Isabelle Sorente "180 jours" qui vous donnera à penser sur ce sujet. Et aussi "Addiction générale" de la même Isabelle Sorente qui décrit notre addiction au calcul et par la même notre déshumanisation.





Et si nous essayons de redevenir aussi bons que des rats ? (Un article étonnant à lire sur Transitio)