dimanche 25 novembre 2012

Nous croyons aux lutins célestes…



Il existe sur internet une pétition rédigée par des américains qui demandent que la devise « In god we trust » soit retirée de leur monnaie :

Vous pourrez même trouver sur facebook un groupe qui demande que cette "amusante devise" soit remplacée par « In reason we trust” : https://www.facebook.com/pages/Keep-God-Off-Currency-In-Reason-We-Trust/195369163821038?fref=ts


L’expression "amusante devise" vous choque-t-elle ? Alors cliquez vite sur une autre page. Mais que dire d’autre ? N’est-il pas amusant de constater qu’autant de gens revendiquent haut et fort leurs attendrissantes croyances ? Car c’est en effet attendrissant de croire, par exemple, qu’un dieu tout puissant a choisi par le passé parmi les milliards de galaxies, celle comprenant notre soleil perdu au milieu de 250 milliards d’autres étoiles, que celui-ci est descendu dans sa gloire discuter avec des primitifs à peine sortis de la préhistoire, et qu’il leur a dicté des lois essentielles leur imposant par exemple de massacrer joyeusement tous les impies ? (Je simplifie).

Je ne me moque pas, moi aussi je crois en des valeurs qui j'en suis sûr en feraient rire beaucoup. L’objet de Transitio n’est pas de se moquer, mais d’observer, réfléchir, comprendre. Et "dieu sait" Wink combien il est difficile et imprudent de réfléchir sur la religion, surtout de nos jours !

La religion n’est plus pour moi qu’un sujet de réflexion. Je pense en effet qu’il est tout à fait inutile de s’y attaquer, voire de revendiquer un athéisme militant. J’ai fini par conclure que la religion était une sorte une sorte de bug de la pensée, hérité de notre longue évolution, une sorte de mise en veille ou de programme de sauvegarde, qui intervient lorsque l’esprit se trouve confronté à ses limites. La religion est un chapitre passionnant de l’histoire de la pensée (et de l’histoire de l’art). Si cette façon d’aborder le sujet vous intéresse, je vous conseille de lire le formidable livre de Pascal Boyer "L'homme créa les dieux".

Tout pourrait aller pour le mieux dans le meilleur des mondes si chacun se satisfaisait de son propre « bug » et ne cherchait pas à l’imposer aux autres (comme je le fais moi-même). Libre à vous de croire ou de ne pas croire que des lutins célestes déversent la pluie avec des arrosoirs depuis les nuages, ou qu’un dieu jaloux et vengeur vous guide vers un nouveau pays de cocagne ou vous oblige à vous tailler les oreilles en pointes.

Seulement voilà, le propre de la religion, ce n’est pas seulement le renoncement à la raison, c’est aussi le renoncement à la justice.

Prenons l’exemple du christianisme.  Saint Paul a établi que l'homme ne pouvait rien par ses œuvres de justice, qu'il ne peut que la foi. Rien ne sert d’être bon, seul dieu décide qui doit être sauvé. Dieu seul donne la grâce, la donne gratuitement, sans rien exiger, ni foi, ni justice. Ce don gratuit, cette grâce, est la seule cause de salut. Dieu fait grâce à qui il veut. Voilà une religion qui a prétendu que l'humanité était sauvée par le sacrifice de son dieu et qui par la même décrète que tous les hommes naissent coupables d’un péché originel ! Cette injuste doctrine, formulée durement par les protestants, n'en est pas moins celle du monde catholique, telle que la reconnait le concile de Trente.

Durant des siècles, la justice a été impossible dans le monde chrétien, en raison de ces absurdes dogmes.

La religion n’a toujours proposé que des parodies de justice, ayant souvent en commun la cruauté (sacrifices, guerres saintes, génocides, tortures, la liste des horreurs est si longue).

Mais la justice est-elle enfin possible à présent ?

La justice et le droit sont-ils possibles lorsque l’on se réfère à des textes qui datent des premiers balbutiements de la pensée, et dont le respect qu’ils inspirent tient plus à la somme des siècles qu’à la profondeur du raisonnement ?

Regardez quels sont les pays qui invoquent le saint nom d’un dieu et constatez quelles sont leurs politiques…

De nos jours, après 2500 ans de philosophie (au moins), après la renaissance, les lumières, la révolution française, après le triomphe de la science, à peine si l’on ose rire ou sourire lorsqu’un dirigeant évoque le nom de sa divinité totémique !


La réalité du monde nous échappe et nous vivons au milieu de constructions mentales qui sont autant de mondes imaginaires. Chaque individu se bricole ses outils conceptuels, à partir de ce que lui propose sa culture d’origine.

Nous gravissons tous la même montagne, mais nous partons de vallées différentes, nous empruntons des chemins divers ; Nous échafaudons des théories, imaginons des cartes, inventons des raccourcis. Parfois nous nous séparons de nos compagnons de voyages, parfois nous en rencontrons d’autres, avec des coutumes, des langues et des cartes différentes, ainsi se tissent les cultures.

Tant mieux si ces concepts, aussi farfelus qu’ils puissent sembler parfois, nous donnent l’illusion de comprendre quelque chose au  chaos de l’univers. Pour ma part je pense qu’il n’y a rien ni personne en haut de la montagne. Ce qui m’importe, c’est comment je fais le voyage et avec qui. Je ne puis m’empêcher de rêver malgré tout à un monde où la raison aurait une place un petit peu plus importante.

Combien de temps encore aurons-nous besoin de lutins célestes ou de dieux barbus pour justifier nos passions ?

Pour le moment, notre humanité balbutiante continue fièrement de massacrer dans la joie, d’envahir ou d’occuper des pays, au nom d’un dieu tout puissant ou des lutins célestes…

Un bug de la pensée vous dis-je. Un bug qui risque un jour de nous être fatal…



Des exemples ?

Il y a des gens qui prétendent, à la lecture de textes "saints", que les dinosaures vivaient il y a 5000 ans (fin du néolithique et apparition de l'agriculture !...).
Non non, vous ne rêvez pas...

L
e commentaire en blanc, est celui  des athées américains (il y en a)



Il y a des gens qui colonisent un pays, sous prétexte que c'est dieu qui leur a donné.
Non non, vous ne rêvez pas...



Une loi de 2006 punit les athées de 12 mois de prison dans le Kentucky !
Non non vous ne rêvez pas !



Il y a des gens qui...


Non j'arrête, c'est trop triste.


samedi 24 novembre 2012

Radi-Aid : Les Africains se mobilisent pour nous offrir des radiateurs ! Seulement des radiateurs ?



Anne-Sophie Novel nous signale cette "information déroutante" sur son blog du Monde "Même pas mal", Des Africains se mobilisent pour envoyer de vieux radiateurs en Norvège, « où les enfants meurent de froid dans des conditions atroces liées aux hivers rigoureux ».


Bon d’accord, c’est une blague ! Mais bonne ou mauvaise, c’est une blague qui donne à penser. Lancée par des étudiants norvégiens et le Fonds académique d'aide internationale (SAIH), cette campagne de sensibilisation prend à rebrousse poil les collectes de fonds qui reposent sur les clichés misérabilistes et stigmatisants.

Vous pouvez visiter le site de Radi-Aid et faire une promesse en ligne de don de radiateur : http://www.africafornorway.no/

Et surtout, ne manquez pas de regarder la vidéo avec son chaleureux band-aid.



L’idée peut sembler de mauvais goût, mais si l’on y réfléchit bien…


Au-delà du message que veut véhiculer cette initiative (collecter des fonds sans avoir recours à des stéréotypes, délivrer une meilleure information, être plus respectueux et plus éthiques, répondre à de vrais besoins), on peut se demander si l’Afrique, un jour pas si lointain, ne sera pas le pays le mieux apte à faire face à la transition (l'après pétrole). Peut-être qu’un jour l’Afrique aidera-t-elle vraiment nos vieux pays épuisés en proposant des modes de sociétés différents de nos modèles basés sur la surconsommation.

Mais l’Afrique ne nous aide-t-elle pas déjà ? Ne puisons-nous pas dans ses immenses richesses naturelles depuis toujours ? Ses enfants les plus forts et les plus courageux ne travaillent-ils pas déjà pour nous depuis longtemps ?

Alors oui, nous pouvons rire ou sourire en regardant cette vidéo, mais de nous bien sûr, pas des Africains !


Via Enerzine : Le changement, c'est au Japon !


Pas en France, ne rêvez pas !


Transitio avait évoqué en mai dernier (2012) la discrète sortie du nucléaire par le Japon.

L’un des pays les plus modernes de la planète, si ce n’est pas le plus moderne, décide d’abandonner cette funeste et désuète énergie ! Voilà bien une information extraordinaire non ?

En France, silence radio ou presque, sur cette nouvelle qui relève presque du blasphème dans le pays de la Sainte Eglise du Nucléaire Triomphant ! Quelques articles à par-ci par-là, y compris un article"rassurant" dans le Monde, à propos d’Areva qui minimise cette nouvelle.

En France, la transition énergétique, sera celle qui sera décidée par TotalArevaEdFGdF SuezVeolia, etc… Pendant ce temps là, le Japon œuvrera pour l’avenir, développant de nouvelles technologies, déposant des brevets, et nous en France,… Misère de misère…

La bonne nouvelle pour le pays du soleil levant se confirme, tandis que chez nous, en France le soir tombe, pour une longue longue nuit.

Je vous invite à lire cet excellent article publié par René Tergouet le 25 octobre dernier sur Enerzine, le webmagazine de l’énergie. Enerzine est vraiment une bonne source d’information pour tout ce qui concerne l’énergie.
Comme je respecte le travail de ce journaliste, je vous propose de lire son article sur le site Enerzine. Je ne le garde ici en copie sur Transitio que pour mémoire.



Sa copie "pour mémoire" sur Transitio :

La décision avait beau être attendue, elle revêt une portée économique et politique considérable au niveau mondial : un an et demi après le terrible séisme qui a frappé le Japon et entraîné la catastrophe de Fukushima, le gouvernement japonais a annoncé, vendredi 14 septembre, l'arrêt progressif de la production d'électricité nucléaire sur trente ans.
Le Japon devient ainsi le troisième pays, après l'Allemagne et la Suisse, à faire part de son intention de stopper ses réacteurs depuis l'accident du 11 mars 2011 à Fukushima Daiichi (220 km au nord-est de Tokyo). La production nucléaire représentait 30 % de la consommation électrique du Japon et cette part devait être portée à 53 % d'ici à 2030. Elle est cependant pratiquement à l'arrêt puisque, actuellement, il ne reste que deux réacteurs nucléaires sur 50 en service au Japon. Les autres réacteurs n'ont pas redémarré depuis le terrible séisme du 11 mars 2011 car ils doivent non seulement être réparés mais également être modifiés pour satisfaire aux nouvelles normes de sécurité décidées par le gouvernement japonais. Compte tenu de cette décision, il est probable que la plupart de ces réacteurs, sinon la totalité, ne soient jamais redémarrés.

Confronté à une chute brutale et massive de la production électronucléaire, le Japon tente de se réorganiser et de s'adapter à cette situation inédite depuis mars 2011 : il a dû diminuer de plus de 20 % la production électrique dans certaines régions pour éviter un black out complet du réseau et doit avoir recours à de nombreuses centrales thermiques dont l'approvisionnement en énergies fossiles plombe sa balance commerciale devenue très déficitaire. Il est vrai que depuis 2011, plus de la moitié de ce déficit commercial provient de l'augmentation massive des importations d'énergies fossiles, gaz et pétrole notamment.

Autre conséquence de cette situation : une augmentation sans précédent du prix de l'électricité depuis un an : 17 % pour les entreprises et 10 % pour les ménages car les compagnies productrices d'électricité sont bien obligées de répercuter sur les usagers l'augmentation importante de leurs coûts de production de l'énergie.

De son côté, le gouvernement nippon élabore depuis 6 mois un plan de transition énergétique qui a servi de base de réflexion pour la décision historique du 14 septembre. Pour justifier celle-ci, le Premier Ministre a souligné que le Japon devait "mettre toutes ses forces dans la balance pour qu'aucune centrale nucléaire ne fonctionne lors de la décennie 2030". Il a précisé que cette sortie responsable du nucléaire respecterait trois principes : ne plus construire de nouvelle centrale nucléaire, arrêter les réacteurs existants après quarante ans d'activité et, enfin, ne redémarrer les réacteurs arrêtés qu'après une mise aux nouvelles normes de sécurité constatée par une autorité indépendante.

Mais au-delà de cette décision politique majeure qui engage l'avenir à long terme du Japon, le gouvernement japonais construit une ambitieuse stratégie énergétique qui repose sur trois piliers complémentaires : développer massivement toutes les énergies renouvelables et non-conventionnelles, y compris les énergies issues de la mer, réduire de manière considérable la consommation d'énergie du pays et améliorer l'efficacité énergétique globale de l'économie nippone.

Dans ce cadre, le Premier Ministre japonais, Monsieur Noda, a évoqué trois scénarios de transition énergétique à l'horizon 2030 : une production nucléaire représentant 20 à 25 % de la consommation d'électricité, une part de seulement 15 %, ou une sortie complète du nucléaire à cette échéance.

Répondant aux critiques concernant l'augmentation inévitable de la facture énergétique qui résultera de l'arrêt du nucléaire, le ministre de l'Economie, Yukio Edano, a pour sa part souligné que la sortie progressive du nucléaire était, au contraire, une "opportunité" pour le Japon et allait relancer la croissance en stimulant la recherche et l'innovation dans les domaines des énergies renouvelables et de l'efficacité énergétique.

La nouvelle politique énergétique japonaise table sur un coût de l'électricité solaire divisé par trois d'ici à 2020, et par six d'ici à 2030. Elle prévoit également l'installation de panneaux solaires sur les toits de 10 millions de bâtiments. Pour encourager le développement de l'énergie solaire, le gouvernement japonais vient de relever le tarif du KWh à 42 centimes d’euros, un tarif de rachat unique au monde et deux fois plus élevé qu'en Allemagne, qui sera garanti pendant 20 ans pour toutes les installations supérieurs à 10 mégawatts (MW).

Grâce à ces nouveaux tarifs, le retour sur investissement deviendra très rapide et devrait avoir un effet "boule de neige" sur le développement de l'énergie solaire. Le Japon est aujourd'hui au sixième rang mondial en matière solaire avec 1,3 gigawatt installé en 2011 et une puissance totale installée de 5 GW qui devrait tripler d'ici deux ans. Le Japon a par ailleurs annoncé, en avril 2012, la réalisation de la plus grande centrale solaire du pays qui totalisera une puissance installée de 70 MW sur 1,3 km² et devrait fournir assez d'électricité pour satisfaire 22.000 foyers.

L'éolien sera également massivement mobilisé et d'immenses parcs éoliens marins sont envisagés d'ici la fin de la décennie. En utilisant une nouvelle génération d'éoliennes marines, plus légères et plus performantes, les chercheurs japonais pensent qu'il est envisageable de recourir à une multitude d'éoliennes flottantes, respectueuses des fonds marin et moins chères à installer. Selon leurs calculs, il serait envisageable, sur une surface maritime de 440 000 km², de produire au total plus de 2 600 TW/h, soit deux fois et demi la consommation électrique totale du Japon (1 040 TWh par an) ou encore 13 % de la production électrique mondiale (20 000 TWh par an en 2010).

Enfin, un projet volontariste de production de bio et d'agrocarburants à partie de la biomasse terrestre mais également de micro-algues issues de la mer est à l'étude.

Mais la réflexion de la société japonaise va plus loin et le Premier Ministre a également dénoncé pour la première fois publiquement "L'évolution des modes de vie, qui supposent des ressources énergétiques infinies" et a appelé ses concitoyens à "Créer de nouvelles manières d'être où une vie confortable pourra être alimentée avec une énergie limitée".

Le Japon veut non seulement produire la quasi-totalité de son énergie de manière propre et durable d'ici 30 ans mais il veut également changer les habitudes et réduire très sensiblement la consommation d'énergie à la source. C'est dans ce contexte qu'un projet de maison intelligente, utilisant la domotique, a été lancé début 2011.

Cette « Smart Energy House » préfigure ce que pourrait être l'habitation du futur. Entièrement gérée par informatique, elle est équipée d’une pile à combustible de 700 W, de panneaux solaires de 5 kW, de batteries de stockage lithium-ion. Résultat : dans une telle maison, une famille de trois personnes a pu réduire de presque 90 % sa consommation totale d'électricité et n'a consommé que 584 kWh en un an, contre 4830 kWh pour la même famille dans une maison japonaise standard ! Certes, le coût d'un tel système, encore à l'état de prototype reste prohibitif (environ 200 000 euros) mais le gouvernement souhaite le mettre sur le marché dès 2015 et table sur sa production industrielle pour faire baisser son prix.

Le Japon est également à la pointe en matière de valorisation énergétique des déchets. Des chercheurs de l’Université de Shizuoka ont en effet mis au point un combustible synthétique combinant de manière très innovante déchets plastiques et agricoles. Le résultat final se présente sous la forme de petits granulés d'un diamètre de 5 millimètres. Un kilo de ces granulés possède un pouvoir calorifique d'environ 6 600 kcal, équivalent à celui du charbon. Autre avantage, ces granulés ne dégagent pas d’oxyde de soufre quand ils sont brûlés et leurs cendres, riches en phosphore, sont elles-mêmes recyclables dans des engrais... A terme, ce type de combustible synthétique pourrait se substituer avantageusement au charbon qui assure encore plus du quart de la production électrique japonaise.

Le Japon mise également depuis plusieurs années sur le développement de l'hydrogène comme vecteur énergétique et compte bien accélérer son effort dans cette voie. Il y a quelques jours le "HIT Business Group", regroupant quatre compagnies, a annoncé un vaste projet de production d'hydrogène peu émettrice de CO2, à partir de déchets organiques provenant des égouts. L'unité de production expérimentale s'inscrit dans une chaîne compète de valorisation qui assure la récupération, le traitement et la transformation de ces déchets en hydrogène destiné à être utilisé dans des piles à combustible domestiques, industrielles ou automobiles dès 2015.

Mais le salut énergétique pour le Japon pourrait bien venir d'une autre voie aussi prometteuse mais longtemps inaccessible : les hydrates de méthane emprisonnés au fond des océans. L'information est passée inaperçue en Europe mais début 2012, une équipe de recherche américano-japonaise a en effet réussi pour la première fois au monde à extraire de manière continue pendant deux mois des hydrates de méthane dans la région de North Slope, en Alaska en utilisant une nouvelle méthode prometteuse qui consiste à récupérer ces hydrates en injectant un mélange de CO2 et d'azote dans un puits d'un kilomètre de profondeur.

Or, selon différentes estimations géologiques, il y aurait au fond des mers entourant le Japon au moins 7 milliards de m3 d'hydrates de méthane, soit l'équivalent de plus d'un siècle de consommation japonaise de gaz naturel, à condition toutefois de mettre au point des technologies de récupération qui préservent l'environnement et préviennent efficacement les risques de pollution et d'émissions massives de ce gaz à effet de serre dans l'atmosphère.

En prenant la décision de se passer de l'énergie nucléaire, le Japon fait donc un pari risqué mais qui à terme peut s'avérer payant. Ce grand pays scientifique et industriel sera obligé de relever, d'une manière ou d'une autre, ce défi de l'approvisionnement durable en énergie et nous pouvons être certains, compte tenu de la volonté de la société japonaise, de ses ressources intellectuelles et de sa culture d'innovation, que ce pays va se mobiliser complètement pour réussir ce pari de l'après nucléaire. Le Japon va devenir le laboratoire mondial des énergies renouvelables et non conventionnelles et sa capacité d'entraînement va accélérer l'inévitable transition énergétique mondiale liée à l'épuisement annoncée des ressources fossiles et à la nécessité de réduire plus fortement et plus rapidement nos émissions de gaz à effet de serre si nous voulons éviter d'ici 50 ans une rupture climatique brutale.

Souhaitons que l'Europe prenne toute la mesure de la décision japonaise du 14 septembre, qu'elle accélère le rythme de sa mutation énergétique et qu'elle mette rapidement en oeuvre un programme beaucoup plus ambitieux de recherche dans ce domaine stratégique des énergies renouvelables qui sera l'un des principaux moteurs de la croissance, de l'emploi et de la compétitivité au cours de ce siècle.

Souhaitons-le, oui, souhaitons-le...

dimanche 18 novembre 2012

L’Europe maltraitée, ou la triste fabrication d’une réalité

(Article d'un européen désabusé, avec à la fin, un extrait de film avec Jean Gabin !)



C’est après que toute l’agitation concernant la ratification du "Traité sur la stabilité, la Coordination et la Gouvernance" soit retombée, que je me lance à écrire cet article "inutile".


Je fais partie de ces bonnes âmes qui ont longtemps pensé que la construction de  l’Europe était un beau projet. Que ce soit pour Maastricht en 1992 ou pour le traité constitutionnel en 2005 ; j’ai donc toujours voté "oui", sans plus d’hésitations. Ces traités n’étaient guère enthousiasmants, mais je me raisonnais en me disant qu’il était probablement difficile de rédiger un texte qui satisfasse autant de pays si différents.


Je ne voyais pas l’Europe de la même façon que mes parents, c'est-à-dire comme un rempart contre la guerre (Je crains en effet que le seul rempart contre une nouvelle guerre mondiale, ne soit rien d’autre que la sinistre bombe atomique). .Je pensais plutôt que l’Europe, forte de son histoire ancienne et douloureuse, pouvait représenter une alternative sage et démocratique à la sauvagerie économique américaine ou aux penchants totalitaristes de certains pays comme la Russie ou la Chine.


Et puis j’ai compris quel genre de projet européen on voulait nous imposer. J’ai vu le dogme néolibéral progressivement s’imposer, avec sa phobie maladive des services publics qu’il rêve de privatiser. Ce que nos ancêtres ont mis des siècles à construire, au prix du sang et des larmes, est peu à peu mis en pièce et vendu à l’encan, sous un fallacieux prétexte de rentabilité. Peu à peu, les états abandonnent leurs fonctions régaliennes pour les déléguer aux compagnies privées. C’est un peu comme si on assistait à la restauration du système féodal que les rois d’antan puis notre Révolution, avaient eu tant de mal à faire disparaitre.


Un système féodal pour de nouveaux seigneurs, ceux de l’économie, qui remplacent les désuets seigneurs de la guerre des temps passés. Lorsqu’AREVA ou Total dictent leurs lois à l’état français, sous couvert du politiquement correct « Lobbying », je repense aux ducs de Bourgogne qui autrefois humiliaient les rois de France. L’état français se déconstruit peu à peu, à mesure que son histoire se trouve réécrite par de cyniques nostalgiques de l’ancien régime. Il est par exemple devenu de bon ton de cracher sur les idées généreuses de la Révolution Française, et de pleurer niaisement sur les malheurs de Marie Antoinette et de Louis XVI. Bientôt, les fiers citoyens redeviendront des serfs, l’échine courbée devant leurs nouveaux maîtres, se prosternant devant les logos des marques commerciales.
Bientôt, la compagnie Apple, qui se trouve être déjà la 83éme économie du monde, sera plus puissante et respectée que le dernier des états !


Nous n’en somme pas encore arrivés au même point que l’état américain qui ne sera bientôt plus qu’une coquille vide, mais nous prenons inexorablement le même chemin. Peu importe qu’Obama, devant lequel tous les médias français tombent en pamoisons, ait été élu une seconde fois. Ce président des États-Unis n’est rien d’autre qu’une image politiquement correcte, une sorte de joli pot de fleurs masquant la triste réalité d’un autre pouvoir ; un autre pouvoir luttant sans merci contre la notion même d’état.
Cette idéologie à la mode, qui consiste à vouer l’état aux gémonies, existe également en France, les français ayant oublié qu’ils ne vivent plus à l’époque de Louis XIV, et que l’Etat, c’est eux !

Hélas, depuis longtemps déjà, ce sont les USA qui donnent le La. Ce sont eux qui sont allés le plus loin dans cette dérivecorporatiste (privatisation des services de l’état). L’état américain a même abandonné la principale fonction régalienne, celle de la guerre, en sous-traitant une grande partie de la gestion de la guerre, fonction régalienne s’il en est, à de puissantes mais discrètes Sociétés Militaires Privées (En 2011, en Afghanistan : 113.000 « contractors » contre 90.000 soldats).

La plupart des braves gens ignorent cela, à part peut-être leurs ados qui jouent en réseau à des jeux de guerre sur Xbox et qui connaissent les « jeux » développés par l’une des plus fameuses de ces sociétés, Blackwater (qui s’appelle à présent Academi).
Et ce délire néolibéral de la privatisation à outrance a atteint son paroxysme sous l’ère Bush que notre anachronique précédent président admirait tant.

Car il existe un "courant de pensée" en France qui fait l'apologie de cette sinistre doctrine économique. Nous n'avons pas encore atteint le niveau du modèle libéral imposé, mais nous en suivons docilement le chemin. Nous avons abandonné le principe républicain de l’armée de conscrits citoyens pour celui de l’armée de métier (pour des raisons budgétaires bien sûr…). Nous nous apprêtons à payer fort cher le fait d’avoir renoncé en 1973 à utiliser notre Banque de France pour nos emprunts publics, afin d'emprunter sur les marchés (autre pouvoir régalien que celui de battre monnaie). Ainsi entre le début des années 1980 et la fin 2006, nous avons payé 1142 milliards d’euros d’intérêts, soit plus que le montant de la dette que notre État avait contracté dans la même période, soit 913 milliards. En d’autres termes, si nous n’avions pas eu à payer ces 1142 milliards d’intérêts, nous n’aurions pas eu à emprunter 913 milliards d’euros, et nous aurions pu également rembourser les 229 milliards d’euros de dette publique de 1980. Et nos gouvernements successifs ont tellement diminué les rentrées fiscales (en diminuant les impôts) qu’ils ont dû emprunter des sommes folles aux marchés financiers à des taux d'intérêts imposés !


Le discours anti service public gagne toujours plus de terrain, et ce, depuis de nombreuses années. Pour ceux qui ont séché les cours d’histoire, l’idée du service public en France remonte au temps de Louis XIV, et de son ministre Colbert qui pensa le développement industriel de la France au travers de sociétés d’état les fameuses manufactures). Il ne s’agit donc pas d’un concept « communisto-collectiviste »  imposé par des staliniens nostalgiques, comme on voudrait nous le faire croire à présent. Lisez cet article : Beffa ou la nostalgie du Colbertisme.


Qu’importe ! Pour le système économique néolibéral il est hors de question de laisser un état gérer les colossales masses d’argent que représentent les budgets de services publics tels que l’école, les retraites où de la santé ! Peu lui chaut que le système de santé français soit moins cher et plus performant que celui des États-Unis, ce qui compte c’est que l’argent aille où il faut, c'est-à-dire qu’il disparaisse toujours plus abondant dans les poches de ses bienheureux actionnaires. Et voila déjà bien longtemps que le pillage est commencé en France. Qui se souvient du scandale de l’argent « pompé » par Vivendi dans les années 90 avec les contrats de délégations de services publics de l’eau ? Argent payé par les abonnés, argent disparu dans les sables de la « nouvelle économie ». Qui s’en souvient et surtout qui sait comment tout cela a fini ? Lisez cet article édifiant : "Une multinationale qui pompe l'eau et l'argent"


Trêve de digression, je vous parlais de cette pauvre Europe.

L’Europe ? Candide que j’étais ! L’Europe n’était pas ce beau rêve de paix perpétuelle entre les peuples, un projet de société, culturel et humain ! L’Europe n’est rien d’autre qu’un vaste marché, et un marché, cela doit respecter la loi des marchés, comme dirait feu Milton Friedman.
Ce traité a été voté, attendons le suivant. Les mieux informés s’inquiètent déjà du traité transatlantique
Pour que la farce soit complète, l'Europe a été récompensée en 2012 par un prix Nobel de la paix ! Gageons qu'en 2013 elle obtiendra celui de l'économie !


Pour nous consoler, il nous reste l’illusion de la liberté de parole. Isolés dans nos blogs de maquisards perdus sur le net, nous dénonçons, décrivons, pétitionnons, protestons, et parfois tout de même, nous manifestons dans la rue. Mais nous ne faisons pas vraiment le poids. Inexorablement, ce monde dont nous ne voulons pas se construit. Déjà tombent les masques de notre nouveau gouvernement, il n’y aura pas de changement, continuez de dormir braves gens et que les insomniaques se contentent de bloguer !


Tandis que je conclus si amèrement cet article, je me remémore cette anecdote rapportée en 2004 par le journaliste Ron Suskind, à propos d’une conversation qu’il avait eue un jour avec Karl Rove, un conseiller de George W. Bush : « Pendant l’été 2002,  après que j’eus écrit au sujet de l’ancienne directrice de la communication de Bush, Karen Hughes, j’ai eu une discussion avec un conseiller senior de Bush. Il m’exprima le déplaisir de la Maison-Blanche, puis il me dit quelque chose que je n’ai pas entièrement compris à ce moment là – mais qui, je le crois maintenant, concerne le cœur même de la présidence de Bush. Le conseiller me déclara que les types comme moi étaient « dans ce que nous appelons la communauté fondée sur le réel », qu’il définissait comme les personnes qui « croient que les solutions émergent de l’étude judicieuse de la réalité discernable ».  J’acquiesçais, et murmurai quelque chose sur les principes de la raison et de l’empirisme. Il me coupa net. « Ce n’est plus la façon dont fonctionne le monde désormais », continua-t-il.
« Nous sommes désormais un empire, et quand nous agissons, nous créons notre propre réalité. Et pendant que vous étudierez cette réalité – de manière judicieuse, sans aucun doute – nous agirons à nouveau, créant d’autres nouvelles réalités, que vous pouvez étudier également, et c’est comme ça que les choses se régleront. Nous sommes les acteurs de l’Histoire… et vous, vous tous, il ne vous restera qu’à tout simplement étudier ce que nous faisons. »


Voici donc, dans le meilleur des cas, la part qui nous est allouée, « étudier, impuissants, les réalités qui se construisent devant nous »…


Ah comme j’aimerais utiliser autrement ces baguettes de pains liées comme des battons de dynamite que The Economist, le journal de propagande du libéralisme triomphant, affiche en couverture de son numéro du 17 novembre 2012 pour se moquer de la France ! Wink



Bertrand Tièche, blogueur inutile...

Post Scriptum :
J'ai découvert cette vidéo partagée par un contact facebook. Il s'agit d'un film de 1961, le texte serait de Michel Audiard, 12 minutes d'un discours étonnant sur l'Europe dit par Jean Gabin.
Cela donne à réfléchir...

Cela donne à réfléchir...