mardi 29 mai 2012

Naoto Kan critique sévèrement le nucléaire (Info de type "étoile filante")

Naoto Kan se prononce pour l'abandon du nucléaire

(Un communiqué de type "étoile filante" sur le site de la NHK)


Voici ce que j’appelle un communiqué de presse de type "étoile filante". A peine vu, sitôt disparu !


Fort heureusement, j’ai fait ce matin une "copie écran" de sa trace dans le cache de Google, pour mémoire (voir l'image en dessous).
Vous trouverez bien sûr, reproduit sur nombre de sites, le même communiqué évoquant  le témoignage de l’ex premier ministre Japonais, M. Naoto Kan, devant une commission d’enquête ce lundi 28 mai 2012.

Le communiqué de presse que vous lirez partout énumère les fautes présumées de l’ancien premier ministre et évoque brièvement la défense de celui-ci, qui plaide à présent pour l’abandon de l’énergie nucléaire. Mais il ne s’attarde pas vraiment sur les reproches de M. Naoto Kan vis-à-vis de l’industrie du nucléaire. Celui-ci aurait même déclaré que :  « le nucléaire n’était sûr que si l’on ne s’en servait pas ». Humour japonais ?

C'est sur le site en français de la NHK, la télévision japonaise, que j'ai pu trouver ce mardi matin le seul article en français, "un peu critique". Et encore, comme je vous l'ai dit, il n'en subsistait plus que la trace dans le cache de Google !

Hélas, le cache s'est effacé depuis, donc plus de trace de l'étoile filante, si ce n'est l'image ci-dessous !


(Si vous arrivez à retrouver l'article complet, faites-moi signe)


Je souligne : "L'ancien premier ministre a enfin reproché au "petit cercle" des décideurs, des experts et de l'industrie nucléaire, de chercher à conserver leur pouvoir en évitant toute remise en question."


P.S. : Un peu plus tard dans la soirée, j'ai trouvé cet article plus détaillé, mais en anglais, sur le site de Asahi Shimbun : 
http://ajw.asahi.com/article/0311disaster/fukushima/AJ201205290057

En voici un court extrait : "It is impossible to secure reliable safety measures that would respond to the risks of the nation collapsing, including through terrorism or war,” Kan said at the Diet panel. “I am convinced that the safest nuclear energy is to move away from any reliance on nuclear energy."





vendredi 25 mai 2012

Apocalypse sur World 3 ? Ce n'est hélas pas un jeu vidéo...


(Ce n'est pas un jeu vidéo)


Avez-vous déjà entendu parler de WORLD 3 ?


Il ne s’agit pas d’un jeu vidéo, mais plutôt d’un modèle mathématique permettant une simulation informatique des interactions entre population, croissance industrielle, production de nourriture et limites des écosystèmes terrestres.

Il a été créé pour une étude du Club de Rome qui a été l'auteur du modèle et du livre The Limits to Growth (en français, Halte à la croissance ?). Les principaux créateurs du modèle sont Donella Meadows, Dennis Meadows et Jørgen Randers.

Ce modèle est détaillé dans le livre Dynamics of Growth in a Finite World. Il rajoute de nouveaux éléments à World2, le modèle de Jay W. Forrester. Depuis, World3 a été légèrement ajusté afin d'obtenir le modèle World3/91 utilisé dans le livre Beyond the Limits lui-même réajusté afin d'obtenir World3/2000 publié par l'organisme Institute for Policy and Social Science Research.

Je suis prudent avec l’utilisation que l’on peut faire des modèles mathématiques (voir cet article), mais beaucoup de décideurs ne jurent que par ces simulations. Raison pour laquelle je pense qu’il est utile de connaitre World 3. Les « prédictions » de World 3 sont pessimistes, vous vous en doutez. Crise financière, crise énergétique, crise alimentaire, crise démographique, les quatre cavaliers de l’apocalypse, à peu de chose près…

Faute de pouvoir ou savoir combattre cette fatale charge de cavalerie, ne pourrait-on imaginer que certains "décideurs" aient choisi l’option de précipiter un peu les choses ? Afin de mettre en place des mesures ou des régimes d’exceptions qu’en d’autres temps les populations auraient refusées ? Terroriser les peuples, les mettre à genoux et s’enfermer dans des forteresses électroniques protégées par des armées privées (J'ai beaucoup lu de SF quand j'étais petit). Il s’agit là, vous l’aurez reconnue peut-être, de la fameuse "stratégie du choc" ou "Gouvernement par le chaos". Mais vous n’êtes pas sur un site traitant de la théorie du complot, pas d’article sur les illuminatis ou les chemtrails sur Transitio. Transitio est là pour donner à réfléchir (désolé).

C’est donc en parcourant le site du parti socialiste anglais (quelle idée) que j’ai découvert un intéressant article sur World 3 que j’ai reproduit ci-dessous et que je vous propose de lire avec attention.
Si l’anglais vous propose problème, n’hésitez pas à utiliser google traduction ou un truc similaire.

Et si le sujet vous a intéressé, n'hésitez pas à visiter le lien que je vous propose en bas de la page. Celui du site American scientist.

Je vous propose également de lire cet étonnant article qui parle de quelqu'un qui a joué la même partie sur le fameux jeu vidéo "Civilization II" durant 10 ans. Sa civilisation a 6000 ans d'âge, le résultat est terrifiant et dépasse de loin le très sérieux modèle mathématique de World 3 :




Voici l'article de nos amis du parti socialiste anglais :


WEDNESDAY, MAY 23, 2012
Posted by ajohnstone at 12:20 PM Labels: Environmentsustainable development

All to late?

Four decades ago, a Massachusetts Institute of Technology computer model called World3 warned that the global industrial system has so much inertia that it cannot readily correct course in response to signals of planetary stress. But unless economic growth skidded to a halt before reaching the edge, they warned, society was headed for overshoot— that could kill billions.

Jorgen Randers of the BI Norwegian Business School in Oslo, and one of the original World3 modelers, argues that the second half of the 21st century will bring us near apocalypse in the form of severe global warming.

Dennis Meadows, professor emeritus of systems policy at the University of New Hampshire who headed the original M.I.T. team and revisited World3 in 1994 and 2004, has an even darker view. The 1970s program had yielded a variety of scenarios, in some of which humanity manages to control production and population to live within planetary limits. Meadows contends that the model's sustainable pathways are no longer within reach because humanity has failed to act accordingly.
"I see collapse happening already," he says. "Food per capita is going down, energy is becoming more scarce, groundwater is being depleted."

Most worrisome, Randers notes, greenhouse gases are being emitted twice as fast as oceans and forests can absorb them. Whereas in 1972 humans were using 85 percent of the regenerative capacity of the biosphere to support economic activities such as growing food, producing goods and assimilating pollutants, the figure is now at 150 percent—and growing. For the coming few decades, Randers predicts, life on Earth will carry on more or less as before. Wealthy economies will continue to grow, albeit more slowly as investment will need to be diverted to deal with resource constraints and environmental problems, which thereby will leave less capital for creating goods for consumption. Food production will improve: increased carbon dioxide in the atmosphere will cause plants to grow faster, and warming will open up new areas such as Siberia to cultivation. Population will increase, albeit slowly, to a maximum of about eight billion near 2040. Eventually, however, floods and desertification will start reducing farmland and therefore the availability of grain. Despite humanity's efforts to ameliorate climate change, Randers predicts that its effects will become devastating sometime after mid-century, when global warming will reinforce itself by, for instance, igniting fires that turn forests into net emitters rather than absorbers of carbon. "Very likely, we will have war long before we get there," Randers adds grimly. He expects that mass migration from lands rendered unlivable will lead to localized armed conflicts.

Graham Turner of Australia's Commonwealth Scientific and Industrial Research Organization fears that collapse could come even earlier, but due to peak oil rather than climate change. After comparing the various scenarios generated by World3 against recent data on population, industrial output and other variables, Turner and, separately, the PBL Netherlands Environmental Assessmeng Agency, conclude that the global system is closely following a business-as-usual output curve. In this model run the economy continues to grow as expected until about 2015, but then falters because nonrenewable resources such as oil become ever more expensive to extract. "Not that we're running out of any of these resources," Turner explains. "It's that as you try to get to unconventional sources such as under deep oceans, it takes a lot more energy to extract each unit of energy."To keep up oil supply, the model predicts that society will divert investment from agriculture, causing a drop in food production. In this scenario, population peaks around 2030 at between seven and eight billion and then decreases sharply, evening out at about four billion in 2100.
Source


But there are the optimists.


Most of the Earth’s surface is covered by water.  Water shortage should not therefore be a problem if an efficient and ecologically-sound way of desalinating it can be found. (They say it has.)  And there are also developments in water purification which permit the re-use of dirty water. Food production can be increased through genetically-engineered plants, artificial meat (grown from stem cells) and vertical farming (employing hydroponic techniques). The obvious alternative to burning fossil fuels as a source of energy for industry, transport and households is the sun. Until now a major problem has been how to store electricity. Diamandis and Kotler say this is in the process of being solved. Appropriate biomass can also provide a substitute for mineral oil.



Yet things are not looking good. The goals of economic activity are profit and accumulation. All other values must be sacrificed to them. The market system unfortunately doesn't care about sustainable  development.


P.S. :
Voici le lien vers l'article de American Scientist : The Limits to Growth and the limits to computer modeling


mercredi 23 mai 2012

Sun Tzu, AREVA et l’écologie




L'Art de la guerre de Sun Tzu, vous connaissez ?














C’est un livre de stratégie militaire écrit au 6ème siècle avant notre ère. Il est fort prisé de certains cadres en quête tardive de culture ou plus simplement de managers à la recherche de précieux conseils pour manipuler leurs troupes; (Ce qui n'empêche pas des gens comme vous et moi de le lire ;-).

Parmi les doctes avis édictés par ce vieux général chinois, prince de la guerre  psychologique, certains relèvent plus du bon sens que du génie. Il en est un tout de même que je trouve fort utile, le voici :

Chapitre 3 : La stratégie offensive
3.18. Je dis que si tu connais ton ennemi et si tu te connais, tu n’auras pas à craindre le résultat de cent batailles. Si tu te connais toi-même sans connaître ton ennemi tes chances de victoires et de défaites seront égales. Si tu ne connais ni ton ennemi ni toi-même tu perdras toutes les batailles.

C’est donc ce sage précepte que j’applique lorsque je consulte ce site réalisé par AREVA qui a pour nom "alternatives, parler autrement de l’énergie". AREVA y publie de belles revues en couleur sur l’énergie.

Vous pouvez les trouver sur cette page : http://www.alternatives.areva.com/fr/tous_les_numeros/1


AREVA prétend donc parler « autrement de l'énergie" et va même jusqu'à afficher l'avertissement suivant : "Les opinions exprimées dans le magazine ne reflètent pas nécessairement celles d'AREVA et n'engagent que leur auteur"

AREVA se donne par exemple le frisson en publiant un numéro sur la biomasse !

Lisez-le et faites-vous une idée en cliquant sur l'image ci-dessous.



Hommage du vice à la vertu ? Ou ingénierie sociale ? (Manipulation)

L’obsession des ardents promoteurs du nucléaires est de convaincre que leur énergie mortifère est propre, voire plus que propre. Il suffit pour s’en convaincre de prendre la mesure de leur dévotion éperdue envers la sainte croisade contre le CO2 ! Le réchauffement climatique relève presque de l’intervention divine pour l’industrie du nucléaire. Quel message diffuserait-elle pour convaincre de son prétendu miracle si le réchauffement climatique n’existait pas ? Vous êtes-vous déjà posé cette question ?

A les entendre parler, on a parfois l’impression d’être face à de sincères défenseurs de la planète (et peut-être le sont-ils hélas, "sincères"). Voilà pourquoi ils adorent mettre des éoliennes et des panneaux solaires dans leurs messages publicitaires. Ils se voient comme de preux défenseurs du climat et se sentent presque solidaires des écologistes.


Et vous savez quoi ?

Eh bien, ça marche ! La plupart des gens croient tout cela…

Auraient-ils appris à connaitre leur ennemi ? Ont-ils appris à parler l’écologiste sans peine ?

"L'art de la guerre, c'est de soumettre l'ennemi sans combat" a dit aussi Sun Tzu...


Bertrand Tièche

dimanche 20 mai 2012

La grenouille libérale, le veau d’or, l’opinion sincère, Platon et Darwin...

Sincérité n'est pas vérité...



(Petite fable sans morale à la fin, qui parle de la sincérité des opinions)


Voici un article biscornu de ma composition. Il débute par l’évocation d’une grenouille du libéralisme voulant se faire plus grosse que le veau d’or, fait une pause en Grèce en compagnie du fantôme de Platon et se termine curieusement avec Darwin et La Boétie. Quel programme !
Je vous invite à le lire, et surtout, à vous faire votre opinion !


Le cas pathologique d’un expert médiatique.

Médiapart et Arrêt sur image viennent d’évoquer dans deux excellents articles, le cas pathologique de Marc Fiorentino, l’un de ces experts financiers habitués à psalmodier les pseudos vérités du libéralisme sur nos médias.
Cet expert autoproclamé a joué pendant des mois le rôle du prophète de malheur, en prédisant pire que les dix plaies d’Egypte, si François hollande était élu ! Ce triste sir a psalmodié les mantras de la sainte église néolibérale sur nombre de plateaux télés. Tapez son nom dans la barre de recherche de Google e, vous allez vous régaler ! Sachez qu’il officie d’ordinaire surBFMTV (c’est tout dire).
Lisez par exemple cet article publié sur la Tribune le 6 février, dans lequel il prédisait que la France devrait s’humilier à genoux dans la City londonienne en cas de victoire de François Hollande. C’est un petit bijou que la Tribune à la gentillesse de garder sur son site (Cliquez sur l'image) :














Un esprit "télé-visionnaire"

Je vous propose également de découvrir ce bel esprit en visionnant ce grand ( ?) moment de télévision durant lequel il a glosé sur la couverture de l’édition du 31 mars 2012 du journal anglais « The Economist ».


Le fameux mensuel d’outre-manche assurait en effet que la France était dans le déni et que la foudre jupitérienne des marchés financier allait s’abattre sur notre malheureux pays si la gauche était portée au pouvoir suprême élyséen.
La seule parole sensée de l’intervention de M. Fiorentino, est sa comparaison de « The Economist », cette bible du néolibéralisme, avec « La Pravda » à l’époque où ce journal russe se faisait l’écho des « vérités » communistes de la défunte union soviétique (Pravda veut d’ailleurs dire vérité). Ces deux journaux ont en effet en commun de défendre une idéologie, critiquable…
























François Hollande a été élu. Quid des horreurs annoncées par M. Fiorentino et ses coreligionnaires ?

Les eaux de la Seine se sont-elles changées en sang ? Une pluie de sauterelles s’est-elle abattue ? Les rues ont-elles été envahies par les grenouilles ? Les traders assoiffés d’argent de la City ont-ils crié haro sur la France. Les sacro-saints marchés financiers se sont-ils abandonnés à l’ivresse de la vengeance ?

Voici ce qu’écrivait le Figaro au lendemain du « séisme » de l’élection de François Hollande :
« Le premier emprunt important de la France sur les marchés depuis l'élection de François Hollande était attendu avec une certaine appréhension. Mais au vu des résultats de ce mercredi, les inquiétudes au sujet d'une attaque spéculative contre la France s'avèrent infondées pour le moment. L'Agence France Trésor (AFT) a emprunté, mercredi, un peu plus de 9,1 milliards d'euros dans des conditions historiquement favorables. En particulier, l'AFT a émis 3,65 milliards d'euros à 5 ans au taux record de 1,72%, le plus bas niveau jamais enregistré depuis la création de l'euro. »







En résumé, la France n’a jamais emprunté à un taux aussi bas, et ce malgré la perte du triple A de janvier et l’élection de François Hollande par les Français !



Où je parle (enfin) de la grenouille et du veau d'or...


L’objet de mon article n’est pas de m’acharner sur M. Fiorentino, qui n’est que l’une des milliers de bonnes grenouilles qui coassent en cœur dans la mare des flux financiers, rêvant de se faire un jour plus grosse que le veau d’or.


Peu importe que des sanctions soient infligées à ce monsieur et à la société qu'il dirige, comme le retrait d’agrément décidé par l’Autorité de contrôle prudentiel (ACP) ou les sanctions répétées de l’Autorité des Marchés financiers (AMF).
Peu importe, car nous pouvons être surs que nombre de médias continueront de lui dérouler le tapis rouge. Pourquoi devrait-il en être autrement ? Ce malheureux évangéliste du dieu argent ne fait que défendre avec ardeur et sincérité le dogme de l’idéologie dominante !
Vous aurez peu de chance de voir ou entendre l'un des 700 économistes signataires du manifeste des économistes atterrés ! Je vous recommande d'ailleurs la lecture dudit manifeste :http://atterres.org/sites/default/files/Manifeste%20sous%20PDF.pdf
Gageons de plus que le pauvre bougre était probablement sincère lorsqu’il voyait en cauchemar les Méphistos des Marchés financiers s’abattre sur une pauvre France sans défense.
Je suis assez vieux pour me souvenir du vent de panique qui avait balayé la France après la victoire de la gauche en 1981. Je me souviens de Corine Lepage qui elle aussi était sincère lorsqu’elle prévoyait l’arrivée des chars russes sur les champs Elysée dans les 15 jours qui suivraient l’élection de François Mitterrand. (Sa peur des rouges et des roses s’est fort heureusement apaisée depuis, puisqu’elle a soutenu François Hollande au second tour).


La sincérité, quel problème en vérité !

Ils sont sincères ces gens qui croient fermement que les immigrés volent le travail des Français et qui ne veulent pas faire le rapport ne serait-ce qu’une minute entre le chômage et les délocalisations. C’est tellement plus facile et surtout plus lâche, d’accuser un immigré sans défense, qu’un brillant ingénieur qui planifie sans état d’âme la délocalisation de son entreprise (pour ne pas parler des patrons voyous qui déménagent les usines la nuit).
Juste pour nourrir votre réflexion, jetez un œil sur cette invitation d’une soirée organisée par une association de Supélec sur le thème de la délocalisation, ou « après les problématiques stratégiques, méthodologiques et pratiques qui seront présentées, les questions sociales et sociétales voire morales, vous seront proposées pour un débat ». C’est édifiant !
Ils seront sincères ces jeunes ingénieurs de Supélec qui mettront au chômage des milliers d’employés !



La sincérite, une arme de conviction massive...

Ils sont également sincères tous nos concitoyens qui pensent que la France est endettée parce qu’elle a trop dépensée pour ses services publiques. Ils sont souvent bien éduqués et se croient parfois mieux informés parce qu’ils regardent BFMTV au lieu de TF1.
Ils étaient sincères, nos parents ou grands-parents, qui pensaient dans les années 60 que le nucléaire était une idée géniale !
Ils étaient sincères aussi ceux qui prétendaient à la même époque que les colonies devaient rester françaises !
Ils étaient sincères encore ceux qui redoutaient que l’instauration des congés payés, de l’assurance maladie ou de la retraite ruinerait la France. En ces temps là il y avait la sainte peur de l’Allemagne (A-t-elle vraiment disparue ?). A présent il y a le chiffon rouge de la Chine et dans les bonnes familles, on fait apprendre le chinois aux enfants comme on faisait apprendre l’allemand avant la guerre…
Ils étaient sincères hélas, ceux qui étaient contre l’abolition de l’esclavage, le vote des femmes, l’interdiction du travail des enfants, l’école publique obligatoire, la séparation de l’église et de l’état, les 35 heures, et j’en passe…



Sincérité n’est pas vérité.

La sincérité est parfois désarmante, car elle a souvent des accents de vérité. Qui est sincère est seulement honnête (ce qui est déjà bien), et ne dit pas pour autant la vérité. Mais voici qu’en écrivant le mot « vérité », soudain j’éprouve le besoin de marquer une pause dans ma réflexion.
Après quelques instants de pause, le fantôme de Platon débarque en toge derrière mon écran et, fronçant les sourcils, me donne à lire son Théétète dans lequel Socrate se moque cruellement de la théorie de Protagoras sur les opinions. Lisez avec moi les propos du malicieux Socrate :
« Rappelle-toi, par exemple, ce qui a été dit précédemment, que les aliments paraissent et sont amers au malade et qu’ils sont et paraissent le contraire à l’homme bien portant. Ni l’un ni l’autre ne doit être représenté [167a] comme plus sage — cela n’est même pas possible — et il ne faut pas non plus soutenir que le malade est ignorant, parce qu’il est dans cette opinion, ni que l’homme bien portant est sage, parce qu’il est dans l’opinion contraire. Ce qu’il faut, c’est faire passer le malade à un autre état, meilleur que le sien.
« De même, en ce qui concerne l’éducation, il faut faire passer les hommes d’un état à un état meilleur ; mais, tandis que le médecin le fait par des remèdes, le sophiste le fait par des discours. Jamais en effet on n’est parvenu à faire qu’un homme qui avait des opinions fausses ait ensuite des opinions vraies, puisqu'il n’est pas possible d’avoir des opinions sur ce qui n’est pas, ni d’autres impressions que celles que l’on éprouve, et celles-ci [167b] sont toujours vraies. Mais je crois que, lorsqu’un homme, par une mauvaise disposition d’âme, a des opinions en conformité avec cette disposition, en changeant cette disposition contre une bonne, on lui fait avoir des opinions différentes, conformes à sa disposition nouvelle, opinions que certains, par ignorance, qualifient de vraies. Moi, je conviens que les unes sont meilleures que les autres, mais plus vraies, non pas. Et quant aux sages, mon cher Socrate, je suis loin de les comparer aux grenouilles… »
Et puis voila à présent Marc Aurèle (c'en est trop) qui me tend son manuel d’Epictète et me pointe de son doigt impérial cette phrase du maitre : « Face à quelqu'un qui te fait du tort par sa conduite ou ses propos, souviens-toi que s'il agit ainsi, c'est qu'il pense avoir raison. Il ne lui est pas possible de régler sa conduite sur ta façon de penser : c'est la sienne qui le guide, et, si elle est erronée, il se fait du tort à soi-même en demeurant dans son erreur. En effet, si une vérité complexe passe pour un mensonge, ce n'est pas la complexité qui est en faute, mais bien celui qui se trompe. En te fondant sur ce principe, tu garderas ton sang-froid face à ceux qui t'insultent : chaque fois, tu n'auras qu'à te dire : « C'est ce que lui pense » (XLII).



Opinions vraies, sincères, bonnes, mauvaises ou utiles ?

Tout devient plus compliqué, semble-t-il, lorsque l’on commence à se donner la peine de réfléchir à tout cela. Ainsi, nous devrions nous satisfaire d’opinions sincères, à défaut d’opinions vraies ? Ou bien peut-être rechercher les « bonnes » opinions et écarter les « mauvaises » ? Mais alors quels seraient les critères moraux différenciant les bonnes opinions des mauvaises ? Gageons qu’ils changeraient diablement selon les cultures !
Et pourquoi pas l’interprétation Darwinienne dans ce cas ? Les « bonnes » opinions seraient alors les opinions « utiles » à l’espèce. Je ne vous cache pas que cette solution me séduit. La théorie libérale se dissimule d’ailleurs parfois derrière une interprétation erronée du Darwinisme, celle de la loi du plus fort, excuse facile pour justifier une l’exploitation des « faibles ». Mais qu’en est-il du projet libéral magiquement guidé par la main invisible du marché ? Où cette mystique délirante du capitalisme est-elle entrain de nous mener ? Exploitation des hommes ? Pillage des ressources ? Saccage de l’environnement ?
Combien de temps encore les prétendus « faibles » accepteront-ils de s’appauvrir toujours plus, pour assouvir l’addiction maladive à l’argent des présumés « forts » ?
Et en vérité, qui sont les forts et qui sont les assistés ? Qui a vraiment besoin de qui pour vivre ?



Une économie de prédateurs ? Ou une économie solidaire ?

Comment disait autrefois ce bon vieux Etienne de la Boétie « Soyez résolus de ne servir plus, et vous serez libres ! ».
Comment dit-on outre-Atlantique ? « We are the 99 percent ? »
Une prise de conscience ?

Faites-vous votre opinion avant qu’il ne soit trop tard, et soyez sincère avec vous même...

A suivre sur Transitio.
Wink


Bertrand Tièche