dimanche 15 avril 2012

“Uranium : le scandale de la France contaminée”, dans “Pièces à conviction”




Voici ce que Télérama disait de ce reportage de France 3 en 2009 : "Deux heures d'enquêtes et d'interviews à 20h35 sur une grande chaîne : le 11 février dernier, la télévision offrait un rayonnement inédit aux déchets radioactifs. Sans doute parce que l'excellent magazine de France 3 est “un petit îlot d'indépendance”, selon son rédacteur en chef, Lionel de Conninck. Résultat : une grosse colère d'Areva. Et un gros succès auprès des téléspectateurs."





Transitio vous propose de revoir ce passionnant document  :


Le rêve de la voiture électrique, promis par le nucléaire...

Article mis à jour le 25 juin et le 5 octobre 2014 (En bas de page) Wink


 Le rêve de la voiture électrique, promis par le nucléaire ! 
(Encore une promesse qu’il ne tiendra jamais).


« Dormez en paix braves gens ! » : Clamait autrefois le veilleur de nuit dans les ruelles obscures de nos villes.


« Dormez en paix braves gens ! » Nous clament aujourd’hui à l’unisson la plupart des princes politiques, dont le discours lénifiant est repris avec ferveur par le cœur de leurs innombrables courtisans.

Le problème de nos sociétés, nous assurent-ils, c’est le déficit de la sécu ou les immigrés, pas le système économique basé sur le pillage des ressources et l’exploitation des hommes qu’ils défendent avec la dernière énergie. Les temps sont un peu durs, admettent-ils, aussi nous devons écouter leurs précieux conseils : Il nous faut nous priver du peu qui nous reste, abandonner les rêves que nous avions pour nos enfants, et ils s’occuperont de tout.

Mais surtout, surtout rassurons-nous, nous garderons nos jouets préférés ! La société sans pétrole et plus tard sans gaz, ne changera pas tant que cela, nous promettent-ils, la preuve, nous garderons nos chères voitures !

C’est ainsi que l’on nous fait croire que les 30 millions de véhicules du parc automobile français pourront être remplacés par des voitures électriques ! Et ce, même si cela représente une consommation d’environ 200 TWh, soit une augmentation de la production d’électricité française de l’ordre de 35%. Qu’à cela ne tiennent, il suffira de construire une petite vingtaine de centrales nucléaires EPR ! (On a déjà tant de mal à en construire une, en respectant prix et délai).

Et c'est alors que nous voyons fleurir dans nos villes, en ce joli printemps, des panneaux publicitaires comme celui qui illustre cet article. Une pathétique campagne publicitaire de Renault pour son véhicule Twizy, avec un slogan qui fait "jeune" : « Plug into the positive energy ».

S’agit-il d’un acte manqué ? D’un avertissement subliminal ? Mais les roues de cette nouvelle bagnole électrique me font penser au funeste logo du nucléaire ?


J’aime beaucoup le côté « Village gaulois peuplé d’irréductibles guerriers » de notre cher pays. Je l’aime tout particulièrement lorsqu’il sort dudit village et qu’il prône les valeurs universelles des lumières et de la révolution française, et que seul contre tous il dit « M » aux marchés financiers par exemple. Mais je m’inquiète sincèrement lorsqu’il s’enferme obstinément dans son village et qu’incapable de se remettre en question il s’enferre dans les erreurs de son passé.


Je suis parfois attendri par la candeur de mes concitoyens irrités par les avertissements des Cassandres qui tentent de les avertir de l’effondrement de nos modèles de sociétés, modèles aussi dépassés que l’antique citée de Troie !


Si ce n’est par des choix politiques, c’est autrement que la société changera, sous l’effet de paramètres inexorables, comme l’épuisement des énergies fossiles, l’aveuglement vis-à-vis du nucléaire ou le réchauffement climatique.
Il n’y avait qu’un président rescapé des années 70 comme celui que nous avons eu, pour défendre avec autant d’inconscience le système économique qui le fera chuter.


« Réveillez-vous ! » : devraient crier les veilleurs !


Plus d’infos sur le mirage de la voiture électrique ? Lisez cet article de l’incontournable Jancovici, que l’on ne peut guère soupçonner (hélas) d’être anti-nucléaire : http://www.manicore.com/documentation/voit_elect.html

Je ne puis résister également à l'envie de vous conseiller la lecture de cette note de Global Chance sur l'avenir des centrales EPR en France : http://www.global-chance.org/IMG/pdf/GC18p20-24.pdf



Mise à jour au 25 juin 2014 :

J’ai reçu ce matin un email professionnel me proposant de rencontrer cet automne les experts de la route électrique :
"PLANETE-VERTE et l'OIE vous donnent rendez-vous le 2 octobre 2014 pour une journée professionnelle dédiée aux routes et aux véhicules de demain.".

Ne rêvez pas, il ne s’agit pas de ce projet américain qui fait le buzz sur le WEB en ce moment, de créer des routes solaires !
(2.200.811 de dollars ont été collectés sur Internet pour le projet Solar Roadways, pour un objectif de départ de 1.000.000 !)

Non, il s’agit du très sérieux projet de remplacer le parc automobile actuel fonctionnant à l’essence, par des véhicules électriques !
Visitez leur site : http://www.electric-road.com/

Pas de doutes, les présidents changent, mais la sainte église electro-nucléaire française veille à ce qu'ils ne s'écartent pas du dogme !


Lequel de ces deux projet est le plus fou d’après-vous ?


Mise à jour du 5 octobre 2014 (Salon de l'automobile oblige) :

Lisez absolument cet excellent article du site Reporterre, intitulé :"Voiture électrique, la grande arnaque"

Cliquez sur l'amusante image ci-dessous pour y accéder :

lundi 9 avril 2012

La fusion thermonucléaire : un défi, mais que de bluff !




Un ami m’a fait découvrir aujourd’hui un article du journal The Economist à propos du nucléaire, intitulé : « Nuclear power, The dream that failed ». (Eh bien oui, il n’y a plus qu’en France que l’on croit que le nucléaire a un avenir !).
L’article se terminait par une illustration que j’avais aussi utilisée pour un article sur le mirage de la fusion, publié sur l’ancien site de la commission énergie d’EELV.
L’idée m’est donc venue de republier cet article sur Transitio, et par la même de vous faire découvrir l’article de The Economist.

Voici le lien vers l’article de The Economist : http://www.economist.com/node/21549936


Et voici l’article sur la fusion (Vous découvrirez l’illustration en bas de la page).












Les ardents défenseurs du nucléaire promettent la fusion nucléaire comme l'ultime et miraculeuse solution.

Afin de ne pas vous laisser dans la confusion, nous reproduisons ici cet article du physicien nucléaire Raymond Sené retrouvé sur le site www.constructif.fr


La fusion thermonucléaire : un défi, mais que de bluff !


Regard critique sur le projet ITER, les lenteurs de la recherche en matière de fusion, les risques de sa technologie et ses perspectives quantitatives limitées à court et moyen termes...

La fusion thermonucléaire fait partie des sujets de rêve qui hantent les scientifiques : reproduire ce qui se passe dans le soleil, dans les étoiles. Dans un premier temps, comme pour beaucoup de sujets de recherches et de grandes découvertes, c’est l’aspect militaire qui a prévalu. Pour l’énergie libérée par la fission des noyaux, nous avons eu la bombe atomique, puis la motorisation navale militaire avant d’envisager un usage de production d’énergie « civile ». La fusion thermonucléaire a tout naturellement commencé à gagner ses titres de « noblesse » grâce aux bombes thermonucléaires, utilisant d’ailleurs comme amorce une bombe à fission. Puis, afin de valoriser leur savoir-faire et le rendre plus sympathique, les scientifiques ont proposé de domestiquer ce processus et de le donner à la société civile.

Des milliards avaient été engloutis pour les bombes, autant essayer de les rentabiliser dans des applications plus pacifiques. Mais ces applications peinent à voir le jour et, surtout, demandent aussi des budgets colossaux. C’est pourquoi les responsables de ce secteur de recherche annoncent tous les cinq ans, depuis environ cinquante ans, que dans cinq ans cela marchera, que nous disposerons d’une source d’énergie illimitée, et quasi gratuite. De fait, les progrès sur la voie de la fusion entretenue sont très lents, si ce n’est peu significatif. Cette recherche fait plus penser à un miroir aux alouettes qu’à une réalité.


Une définition de la fusion

Pour faciliter la compréhension des problèmes, faisons un peu de technique.
La fusion, à l’inverse de la fission consistant à casser des « gros noyaux » (uranium, plutonium), est l’opération où deux atomes légers se rapprochent suffisamment pour en donner un plus gros (la somme des masses des produits finaux de la réaction étant plus faible que la somme des masses des produits initiaux, la différence est convertie en énergie).

Depuis longtemps (environ soixante ans), les physiciens nucléaires savent faire « à l’unité » ces réactions (deutérium + tritium ou deutérium + deutérium).

Mais pour que cette opération de rapprochement présente un quelconque intérêt, il faut qu’elle satisfasse des conditions très particulières : réunir un très grand nombre d’atomes (la densité), les faire se cogner l’un contre l’autre avec la plus grande vitesse possible (la température) et ce, pendant un temps le plus long possible (le temps de confinement). Avec ces trois paramètres a été défini un critère, le critère de Lawson, qui doit indiquer à partir de quand le système est censé fonctionner.
Pour présenter un intérêt sur le plan énergétique, au moins deux conditions subsidiaires sont nécessaires :
  • le processus doit produire plus d’énergie qu’il n’en consomme,
  • le prix de revient de l’énergie produite doit être « raisonnable.
Et que signifie fonctionner ? Qu’appelle- t-on énergie produite ? L’énergie libérée par réaction multipliée par le nombre de réactions ou l’énergie envoyée sur la ligne électrique, déduction faite de la consommation de la machine et de tous ses accessoires ?

Dans le soleil en particulier, et les étoiles en général, le confinement du plasma est assuré par les forces de gravitation. Dans notre « petite installation terrestre », ce confinement va être obtenu par de très puissants champs magnétiques. Le paradoxe est que plus la température du plasma est élevée, c’est-à-dire plus les divers constituants vont vite, plus ils perdent d’énergie par rayonnement en tournant dans le tore. De plus, il faut avoir à l’esprit que ce sont les produits de la réaction, un neutron et un noyau d’hélium, qui emportent l’énergie libérée. Le noyau d’hélium (particule alpha) est piégé dans le champ magnétique, donc reste dans l’enceinte. Seule l’énergie emportée par le neutron pourra être partiellement récupérée à l’extérieur.


Quelques mensonges

À ce niveau apparaissent deux petits « détails » permettant de faire comprendre les principaux mensonges concernant la fusion : elle utiliserait un combustible quasi illimité qui se trouve dans l’eau de mer et elle serait propre au point de vue radioactif :

Le premier, et non le moindre, est qu’il faut non seulement du deutérium, l’isotope de masse 2 de l’hydrogène, mais aussi du tritium, son isotope de masse 3, radioactif de surcroît. S’il est possible d’extraire le deutérium de l’eau de mer (à quel coût énergétique ?), par contre le tritium (temps de vie 12,26 ans) se trouve en très faible quantité dans la nature, d’où la nécessité d’en fabriquer en grandes quantités en faisant réagir les neutrons avec le fluide caloporteur, du lithium en l’occurrence. Tritium qu’il faudra extraire, stocker avant de l’injecter dans l’enceinte en fonction des besoins.

Pour un réacteur de 1000 MW, 15 à 20 kg de tritium seront nécessaires pour 2000 à 3000 heures de fonctionnement (20 kg de tritium représentent une activité de 200 millions de curies soit 7,4.1018 Bq, des milliards de milliards de Bq). L’installation sera donc contaminée par le tritium, car ce radioélément, tout comme l’hydrogène dont il a les mêmes propriétés physico- chimiques, diffuse facilement à travers les métaux. En conséquence, le tritium suintera du réacteur et ce corps n’est pas du tout inoffensif pour la santé, contrairement aux affirmations traditionnelles.

Le second est que les neutrons doivent traverser la structure de la chambre de combustion pour que l’on parvienne à récupérer de l’énergie. Ces neutrons activeront les matériaux, créant de très importantes quantités de radioéléments de période plus ou moins longue. En ce qui concerne la radioactivité, ces réacteurs, si un jour ils fonctionnent, n’auront rien à envier aux réacteurs à fission.
De plus, chaque année une portion de l’enceinte, circuits magnétiques compris, devra être changée en raison de l’usure très rapide (plusieurs centimètres par an) de sa paroi intérieure et constituera un volume important de déchets de très haute activité, de durée de vie plus ou moins longue.

En résumé, ce type de réacteur, présenté par ses promoteurs comme écologique (!), sans déchets radioactifs (pas de « cendres » contenant des produits de fission) va produire une nuisance radioactive au moins égale, si ce n’est plus importante, que celle des réacteurs actuels.


Une description futuriste

Il faut être conscient qu’il s’agit de la description futuriste d’un réacteur. Car pour le moment les machines existantes ou à venir (JET, TORE SUPRA et ITER) ne sont pas des réacteurs : ce sont des outils de recherche. Le tritium n’a jamais été injecté dans ces appareils de recherche sauf dans le JET, au dernier moment, juste avant de l’arrêter définitivement. La raison en est la radio-activité. Dans l’état actuel des recherches, de nombreuses interventions avec accès dans la machine sont indispensables pour changer des paramètres, modifier des géométries ou réparer des dégâts occasionnés par les pertes de confinement. Il est en effet impossible de faire ces interventions dans un appareil où du tritium aurait été injecté sans avoir recours à des outils robotisés, ce qui serait un frein, voire conduirait à des impossibilités pour les programmes de recherche, certains définis à ce jour, d’autres devenant impératifs au gré de l’apparition de nouveaux effets imprévus et imprévisibles.

C’est pourquoi ces machines destinées à essayer de se rapprocher des conditions optimales de plasma, fonctionnent uniquement avec un mélange deutérium-deutérium qui, dans les conditions actuelles, est largement en dessous des conditions de fusion.

ITER, comme ses prédécesseurs, est toujours un outil de recherche, pas un réacteur destiné à fournir de l’électricité.


Où en sont les fameuses recherches ?

Régulièrement et, bien sûr, au moment où vont se décider les lignes budgétaires, la presse fait écho à l’annonce de percées technologiques sur un paramètre essentiel : la densité ou la température ou le temps de confinement. Mais les chercheurs oublient de préciser que ce record a été obtenu au détriment des autres paramètres. Ce type d’annonce à sensation se fait depuis cinquante ans : il est à craindre que la fusion soit surtout un prétexte pour obtenir des crédits et que la recherche effectuée y soit essentiellement celle desdits crédits.
Aujourd’hui, les responsables du projet au Commissariat à l’énergie atomique assurent que la plupart des briques technologiques ont été validées sur diverses petites machines, estimant que les risques technologiques se limitent à l’intégration de toutes ces briques. Leur enthousiasme aurait dû être modéré par la lecture d’un rapport présenté devant l’Académie des sciences, à la fin 2001, par leur ancien haut-commissaire, Robert Dautray (1). Il explique que la fission a pu se développer grâce à "la linéarité des phénomènes " car "tous les problèmes scientifiques et techniques sont découplés par la linéarité et peuvent être étudiés à part et simultanément dans des installations modestes". Mais "la fusion thermonucléaire, au contraire, est un phénomène fondamentalement non-linéaire, et ceci vis-à-vis de toutes les fonctions physiques en jeu... Il faut donc explorer les uns après les autres tous les niveaux de puissance, y découvrir de nouveaux phénomènes..."

Sa conclusion est « ...pour le moment la fusion thermonucléaire ne peut pas encore être comptée avec certitude parmi les sources industrielles d’énergie (...) n’est-ce pas plutôt un sujet d’étude de physique important auquel il faut assurer un soutien constant, persévérant et à long terme, comme on le fait dans bien d’autres domaines de la physique dans le cadre général des recherches ».

Les « briques technologiques » ont certes été testées, mais leur assemblage n’a rien d’évident. En effet, les petites anomalies peuvent s’avérer fort difficiles à surmonter et ces difficultés expliquent les faibles progrès réalisés en cinquante ans.

Pour un physicien c’est un sujet de recherche passionnant, mais il faut raison garder. Ce n’est pas demain que ce processus physique va contribuer au bilan énergétique de l’humanité.

De fait, la fusion existe dans le soleil, mais il s’agit là d’un confinement gravitationnel, et à moins de construire une machine de la taille du soleil... il nous faut trouver autre chose, d’où la complexité du problème.

Il n’est pas honnête de faire croire, par médias interposés, qu’il suffit de construire « la nouvelle » machine pour aboutir. Nous avons eu droit aux mêmes discours avant le lancement du JET (Joint European Torus, à Culham, Royaume-Uni), puis de TORE-SUPRA (Cadarache). Aujourd’hui il s’agit d’ITER (2).

En matière de fusion thermonucléaire, il n’y a pas urgence sauf celle de faire un réel bilan des recherches menées depuis plus de quarante ans. Il n’est pas sain d’immobiliser sur un sujet, pour de nombreuses années, des budgets représentant une part importante des disponibilités du pays en matière de recherche. Car n’oublions pas qu’ITER s’inscrit dans un programme international et qu’il nous sera difficile de ne pas tenir nos engagements vis-à-vis des autres participants si des restrictions budgétaires comme celles que la recherche connaît depuis plusieurs années devaient perdurer. Ce sont tous les autres secteurs de recherche, y compris dans le domaine des énergies, qui seraient asséchés.

En tout état de cause, investir massivement dans un programme d’économies d’énergie par la mise en œuvre de procédés industriels moins « énergivores » et d’utilisations rationnelles et pertinentes de toutes les sources actuellement disponibles est une nécessité si l’on ne veut pas épuiser nos ressources.


(1 ) L'énergie nucléaire civile dans le cadre temporel des changements climatiques, Rapport de l'Académie des sciences, Robert Dautray. décembre 2001.

(2) CEA, Rapport annuel 2002 (voir également www.cea.fr)


Pour finir sur une note d'humour, nous vous offrons cette image qui reproduit la couverture d'un magazine américain des années 30, sur laquelle est représentée une centrale atomique (comme on disait à l'époque).

La légende explique que d'ici une cinquantaine d'année des centrales comme celle-ci seront en mesure de produire une énergie atomique illimitée. Cela fait donc plus de 70 ans que l'on nous dit que l'énergie nucléaire sure et abondante sera l'énergie du futur !

Certains esprits malicieux disent qu'elle restera une énergie du futur,...à jamais !




Pics de production, le vertige de la transition énergétique

Article mis à jour le 16 novembre 2014 (Le site du Joint Operating Environment ayant "disparu", le document de 2010 se trouve à présent sur Transitio) 

Avez-vous déjà entendu parler des pics de productions, de la déplétion ou du peak oil ? Il s’agit de différentes expressions pour évoquer l’épuisement des énergies fossiles.
Je vais essayer dans cet article de vous expliquer le plus clairement possible de quoi il s'agit. Ces pics de productions sont la vraie raison de la transition énergétique.

Energies fossiles ?
Les énergies fossiles sont toutes les formes d’énergies stockées dans le sous-sol, comme le charbon le pétrole ou le gaz, que la nature a mis des millions d’années à fabriquer et dont l’utilisation nous a permis d’accéder à ce que nous appelons l’ère industrielle.

Pic de production ?
La théorie du pic de production a été pour la première fois exprimée par le professeur Hubert en 1956. Il expliqua lors d'un meeting de l'American Petroleum Institute à San Antonio que la production d’un gisement de pétrole, du début de son exploitation à son épuisement, ressemblerait à une courbe en forme de cloche atteignant son maximum lorsque la moitié de la réserve a été extraite, puis retombant. Et il prédit que la production globale de pétrole aux USA atteindrait son maximum aux alentours de 1970. Le professeur Hubbert devient célèbre lorsque l’on s’aperçut de la véracité de sa prédiction, en 1970.
Figure 1 : La fameuse courbe de Hubbert (et son pic !)
 

Quoi de plus normal qu’une ressource s’épuise me direz-vous ? Certes, vous répondrai-je, mais voyez-vous, ce qui devient plutôt préoccupant, c’est lorsque l’on se rend compte que peu à peu, toutes les ressources fossiles s’épuisent…

Les découvertes de nouveaux gisements (jamais de la taille des super-géants du passé), et les nouvelles techniques améliorant l’exploitation des anciens comme des nouveaux, ne font reculer que de quelques années la sinistre échéance de la fin des énergies fossiles.
Et la formidable croissance démographique, ainsi que le légitime développement des pays émergeants ne font qu’accélérer le processus…

D’où je parle ?
J’observe depuis quelques années avec intérêt la progressive prise de conscience de ce problème énergétique
J’ai pour la première fois entendu parler de la déplétion dans le cadre de mon travail. C’était en 2003, au cours d’un congrès de l’AMORCE, dont la journée de débat avait été introduite par Jean Besson (actuel Sénateur de la Drome), chargé à l’époque par la ministre de l’industrie Nicole Fontaine de conduire un débat national sur l’énergie. Il avait fait son petit effet en annonçant que le gouvernement savait qu’il n’y avait plus que 40 ans de réserves de pétrole. Il avait même ajouté que la guerre en Irak qui venait de commencer, s’inscrivait dans cette perspective.
Le rapport qu’il rendit au gouvernement fut plus ‘‘édulcoré’’. On peut le consulter au lien suivant : http://lesrapports.ladocumentationfrancaise.fr/BRP/034000591/0000.pdf(Voir page 10, quelques considérations sur la fin des énergies fossiles.)

Depuis 2003, je suis donc à l'affût de tous les documents officiels et officieux qui traitent de ce sujet. En voici quelques-uns :
  • Rapport du Sénat de juin 2006 '' Énergies renouvelables et développement local : l'intelligence territoriale en action '', consultable ici : http://www.senat.fr/rap/r05-436/r05-4360.html#toc0Son introduction évoque très clairement l'après pétrole.
Mais il n’y a pas que les politiques qui soient bien informés de la fin prochaine des énergies fossiles. J’ai assisté à une conférence sur ce thème en mai 2008, au cours de laquelle un directeur commercial de GDF SUEZ (à l’époque Elyo Suez), M. Cotten, a expliqué à des représentants de services techniques de collectivités et de bureau d’études, que le véritable problème de société n’était pas celui du climat, mais celui de la fin du pétrole. Il avait même déclaré en fin de conférence :"Le mandat municipal 2008 - 2015 sera marqué par de profonds bouleversements énergétiques".
On peut trouver un exemple du discours qu’il tient sur ce sujet sur le lien suivant : http://softs.polytechnique.fr/departements/physique/colloques/pdf/2007/Cotten_Yves_X-ENS-UPS2007.pdf
C’est ainsi que j’ai peu à peu compris que bon nombre de ‘‘décideurs’’ étaient très bien informés de la fin prochaine des énergies fossiles.

Mais je vous reparlerai de tout cela dans d’autres articles. L’objet de celui-ci est de vous donner un aperçu de la situation énergétique, alors commençons !

L’énergie, notre esclave ?

L’énergie chimique contenue dans 1 litre de pétrole est de 11000 Wh (11000 W pendant 1 heure). Transformée en énergie mécanique, c’est l’équivalent de 30h de travail humain !
Imaginez combien couterait l’énergie fournie par ce litre de pétrole si elle était produite par un ouvrier travaillant 30 heures !
En France, chacun de nous bénéficie en moyenne du travail énergétique d’environ 70 de ces ouvriers virtuels de l’ère industrielle.
L’ére industrielle est née au 18ème siècle, lorsque Thomas Newcomen a inventé en 1717 la machine à vapeur. Elle a commencé par utiliser le bois jusqu’à ce que l’utilisation du charbon sauve de justesse l’épuisement des ressources en bois…
Ensuite est venu le roi pétrole. L'un des principaux avantages du pétrole, c'est sa densité énergétique, regardez plutôt le tableau ci-dessous :

Il n'y a que l'uranium qui puisse battre le pétrole sur le plan de la densité énergétique.

Augmentation de la demande énergétique mondiale

Paramètres...
La demande énergétique est influencée, entre autres, par l’évolution des techniques, l’augmentation du revenu par habitant, l’urbanisation, et aussi par la démographie.
Selon les prévisions de l’ONU, la population mondiale sera d’environ 9 milliards d’habitants en 2050 (contre environ 7 milliards aujourd’hui), dont plus de 80% vivront dans de grandes agglomérations.

Figure 2: Croissance de la population mondiale.

Depuis 20 ans...
Selon Enerdata, la consommation mondiale d’énergie a augmenté de 46% en 20 ans en passant de 8.803 Mtoe en 1990 à 12.852 Mtoe en 2010 :
"La consommation d'énergie mondiale a augmenté de 5,5% en 2010, après une légère baisse en 2009, et a été supérieure de 4,5% à son niveau d'avant la crise.

La reprise de la croissance a été remarquée dans tous les pays du G20. Cette augmentation significative a été alimentée par deux tendances convergentes. Tout d'abord, la consommation d'énergie dans les pays de l'OCDE est repartie avec la reprise des activités économiques, après la chute sévère de 2009. La consommation d'énergie ont augmenté de 6,7% au Japon, 4% en Europe et 3,7% aux Etats-Unis. Et en second lieu, la Chine et l'Inde, avec une augmentation de plus de 6%, ont poursuivi leur forte demande pour toutes les formes d'énergie.
La Chine a renforcé sa position en tant que 1er consommateur mondial d'énergie (11% au-dessus des États-Unis), tandis que l'Inde se classe maintenant au troisième rang."
L’Inde et la Chine entrent en effet depuis quelques années dans une phase de demande énergétique croissante. Ils pourraient cependant avoir besoin de moins d’énergie que l’Union Européenne lors de son industrialisation, grâce aux évolutions technologiques qui permettent une meilleure efficacité dans les processus de production industrielle

Prévisions de l'Agence Internationale de l'Energie (AIE)
En considérant l’ensemble de ses facteurs, l'Agence Internationale de l'Energie a estimé en 2010 que la demande énergétique mondiale pourrait augmenter de plus de 50% d'ici à 2030.
Figure 3: Estimation AIE des demandes d’énergies primaires à l’horizon 2035

Figure 4: Estimation AIE des demandes d’énergies par régions à l’horizon 2035


Selon les chercheurs d’EDF R&D, la production d'énergie pourrait décliner avant 2040...
Figure 5: Scénario EDF R&D des évolutions des consommations énergétiques mondiales


Source : EDF R&D, revue de l'énergie avril 2007
Accessible également sur le site Manicore : http://www.manicore.com/documentation/serre/fossile.htmlLe point d'interrogation vert des chercheurs d'EDF R&D est "un peu" inquiétant non ?

Voici les données Enerdata sur la répartition mondiale :
Figure 6: Répartition de la consommation mondiale d’énergie finale en 2008 (8.4 milliards de TEP) par produit et par secteur d’activité

Et voici celles de BP à l'horizon 2030 :
Figure 7: Prévisions de BP à l’horizon 2030.

En résumé :
  • 87% de l’énergie mondiale consommée est actuellement d’origine fossile.
  • Depuis 1945, la consommation a quasiment décuplé, pendant que la population n’a, elle, été multipliée « que » par 2,5.

Quels sont ces pics que j’aperçois au loin ?

Pic de production du pétrole
Le pétrole dont la consommation avait quadruplé depuis 1950, voit sa production plafonner autour de 85 Mb/jour depuis 2005, et l’Agence Internationale de l’Energie (AIE) a admis dans son rapport annuel de 2010 que la production de pétrole conventionnel avait atteint son « pic historique » en 2006, et qu’elle ne le dépasserait plus jamais. Nous entamons donc à présent la phase dite en plateau décrite par les spécialistes, la longueur de ce plateau dépendant de la quantité cumulée de liquides non conventionnels que l’on espère extraire. Les prévisions les plus optimistes estiment que ce plateau de production pourrait se prolonger jusqu’en 2060.
Sur le graphique ci-dessous qui provient de l’ancien Institut Français du Pétrole (à présent IFP énergies nouvelles), on note que l’I.F.P. conditionne le retardement du déclin de la production par de coûteux investissements que la conjoncture économique actuelle ne semble pas favoriser.
Figure 8: Scénarios IFP
Ce graphique montre également que les estimations des compagnies pétrolières se rapprochent de celles des scientifiques qui étudient les effets de la déplétion et du Peack-Oil (pic de production du pétrole), comme l’ASPO par exemple. Voir ci-dessous le graphique ASPO 2009 :
Figure 9: Graphique ASPO 2009
A noter que le retour énergétique sur investissement (EROEI) des nouveaux gisements de pétrole est de plus en plus mauvais. Il était par exemple de 100/1 en 1930 pour le pétrole du Texas (1 baril investi pour produire 100 barils). L’EROEI du pétrole mondial serait descendu à seulement 19/1 en 2005. Pour information l’EROEI  des biocarburants issu de céréales approche de 1.
Et le pétrole non-conventionnel ? (Pétrole de schistes ou sables bitumineux)
Les seuls chiffres disponibles au niveau mondial sont ceux de l'Agence gouvernementale américaine de l'énergie (EIA), qui produit beaucoup de statistiques sur l'énergie, mais le moins que l’on puisse dire, c’est que lesdits chiffres suscitent la polémique.
C’est ainsi que cette honorable agence vient de réduire de 96% le montant estimé de pétrole récupérable enterré dans les vastes gisements de schistes de Monterey en Californie. Ce gisement représentait les deux tiers des réserves de pétroles de schiste des USA !
Cette même agence vient malgré tout de multiplier les réserves de pétrole de schiste par 10, à 345 milliards de barils, soit 1/4 des réserves prouvées de pétrole conventionnel !
Le principal "avantage" du pétrole de schiste, c’est que les compagnies pétrolières ont la mainmise  sur les techniques d’extractions, même si celles-ci sont coûteuses et qu’elles saccagent l’environnement (Total a même imaginé, pour les sables bitumineux de l'Alaska, d'utiliser une centrale nucléaire pour faire fondre les sables bitumineux).
Le principal inconvénient, outre la destruction de la nature (il n’y a qu’à s'en débarrasser), c’est que cette solution ne repoussera que de quelques années le moment fatidique de la fin programmée de l’or noir et retardera d’autant les décisions nécessaires à la transition énergétique.

Pic de production du gaz naturel (conventionnel)
Le gaz naturel conventionnel (associé au pétrole conventionnel) correspondait encore en 2005 à 80% de la production mondiale. Les découvertes et réserves de gaz naturel conventionnel suivent de peu celles du pétrole brut : les gisements majeurs datent de 1975-1980, contre 1965-1970 pour ceux du pétrole, et, dans les deux cas, les nombreuses découvertes plus récentes sont de volumes décroissants.
Les experts envisagent le pic de production du gaz conventionnel vers 2025, ce pic pourrait être repoussé de quelques années par l’extraction des gaz non-conventionnels (tels que les gaz de schistes, de grès ou de mines de charbon), mais l’extraction de ces gaz relève de techniques qui ne sont pas encore éprouvées et dont l’impact environnemental pourrait être rédhibitoire, et ce, sans compter leur retour énergétique sur investissement énergétique qui pourrait freiner leur exploitation (risque de manquer d’énergie pour les extraire).
Figure 10: 
Rappelons également que le gaz naturel est de 7 à 10 fois plus cher à transporter que le pétrole. Il faut en effet le purifier et le liquéfier en le refroidissant à -136°c, et le transporter dans des méthaniers plus complexes et plus onéreux que des pétroliers.
Le transport du gaz compte ainsi pour la moitié de son coût. Raison pour laquelle le marché mondial du gaz tend à être compartimenté en 3 marchés : Amérique du Nord, Europe et Asie Pacifique.
Gaz de schistes ?
Le principal "avantage" (Hormis la propriété de faire monter les actions en bourse) et le principal inconvénient, sont les mêmes que pour le pétrole de schiste. Et comme pour le pétrole de schistes, les seuls chiffres disponibles sont ceux de l'US EIA (Etonnant non ?). Et comme pour le pétrole, l’EIA vient de  rehausser son estimation globale de 10% pour le gaz de schiste, à 207 trillons de mètres cubes, ce qui représente l’équivalent énergétique de l’ensemble des réserves prouvées de pétrole !
Mais hélas pour la France, l’agence américaine de l’énergie vient de réviser à la baisse ses estimations de réserves potentielles pour notre beau pays ! D'après l'EIA, le sous-sol français détiendrait 3.870 milliards de mètres cubes de gaz de schiste, soit une baisse de 24% par rapport à ses précédentes estimations qui dataient d'avril 2011.
Que dire des 5.300 milliards de m3 annoncés par les américains à la pauvre Pologne qui se réjouissait d’être le pays d’Europe le plus riche en gaz ! Les estimations ont été revues à la baisse et les conditions d’extractions sont telles que les pétroliers se retirent un à un de l’exploitation des gaz de schiste du pays. Adieu le rêve polonais de s’affranchir du gaz russe de Gazprom ?
Selon vous, pourquoi nos amis américains sèment un tel bazar en Ukraine, comme eux seuls savent le faire ?...

Pic de production du charbon
En 1981, les objectifs de l'Agence internationale de l'énergie (AIE) étaient de doubler la consommation mondiale de charbon à l'horizon 90 et de la tripler à l'horizon 2000.
Dans cette perspective, en France, entre 1981 et 1982, le ministère de l'industrie avait consacré 111 M.F. à relancer la consommation de charbon et à développer les techniques correspondantes.
Cette monté en puissance du charbon s'est ensuite éteinte à mesure que le prix du baril de pétrole s'effondrait (30$ en décembre 1985 à 10.77$ en juillet 1986).
De nos jours, nous constatons que la production de charbon qui stagnait il y a 20 ans autour de 2 Gtep a atteint 3.6 Gtep en 2010 et s’accroît annuellement de 7.6%, bien plus vite que celle du pétrole (2%). Sa part dans la production énergétique mondial est de 30% aujourd’hui et il fournit 40% de la production d’électricité mondiale (80% en Chine).
La recherche et l’estimation des réserves et des ressources de charbon sont plus complexes que celles du pétrole ou du gaz. Il faut également considérer les différentes natures de charbon : le lignite, la houille, l’anthracite…
Laissant de côté les charbons sub-bitumineux et le lignite, les géologues du Energy Watch Group, situent le pic du charbon dès 2020, avec un plateau de production jusqu’en 2040. (Voir graphique ci-dessous).
Figure 11: Pics de production du charbon

Les prévisions les plus optimistes situent le pic en 2030-2035, l’épuisement des réserves étant ramené à 100 ans au lieu des 250 ans qu’il était courant d’évoquer ces dernières années. A noter que le retour énergétique sur investissement énergétique (EROEI) chuterait considérablement d’ici à 2040, de 50/1 actuellement à 85/1.

Pic de production de l’uranium...
Ben oui, l’uranium, lui aussi est une énergie fossile, dont les ressources ne sont pas infinies !
Mais quand on parle de l’uranium, il s’agit d’être prudent…
L’Agence Internationale pour l’Energie Atomique indiquait en 2009, à l’occasion de la sortie de son fameux « Red book » que sur la base du taux de consommation de l'année 2008, "les ressources prouvées à l'heure actuelle seraient suffisantes pour assurer la fourniture d'uranium durant plus de 100 ans".
Voila qui est optimiste mais qui n’a pas empêché quelques esprits critiques de lire à leur façon le fameux Red Book et d’interpréter autrement ses précieuses données.
Un exemple, en anglais sur ce site : http://europe.theoildrum.com/node/5744
Certains "esprits chagrins" prétendent même que le pic de l’uranium est déjà passé et que la consommation est actuellement pourvue par les stocks constitués pendant la guerre froide ! Et pire encore, que ces stocks sont en fin d'exploitation et les mines conventionnelles bientôt épuisées !
Je vous conseille la lecture de cet article publié par le MIT à propos d’une publication du docteur Michael Dittmar, de l’institut de technologie de Zurich : « The world is running out of uranium and nobody seems to have noticed. »
Vous trouvez qu’ils exagèrent ? Eh bien lisez plutôt cette présentation de 2010, publiée par l’AIEA elle-même. Vous y découvrirez le joli graphique ci-dessous qui montre que depuis 20 ans la production mondiale d’uranium ne peut plus satisfaire les besoins des réacteurs, et que effectivement, on palie à ce manque en utilisant ce que l'on appelle les fournitures secondaires (Secondary supply).
Ces fournitures secondaires d’uranium correspondent aux quelques 1,8 millions de tonnes d'uranium qui ont été produites au cours de la période 1946-1996 pour un usage militaire.
Voilà peut-être pourquoi le désarmement atomique n'est plus d'actualité. Sachez que les russes vendent aux américains de l'uranium pour faire fonctionner leurs centrales nucléaires !
Figure 12: Pic de production de l'uranium
Transitio vous la conserve au chaud ci-dessous, pour le cas ou… :

Cliquez sur "pdf"

Mise à jour du 4 octobre 2013 : Concernant le manque d'uranium, je vous propose de lire ce nouvel article sur Transitio : Pénurie d'uranium russe aux USA


Conclusion ?

J'espère que cet article vous a donné à réfléchir. Renseignez-vous, vérifiez par vous-même. Parlez-en autour de vous.
Que va-t-il arriver selon vous ? Ou plutôt, qu'est-il déjà en train de se passer ?
Certains petits malins ont déjà compris les conséquences à plus ou moins long terme :

Des économistes (très peu pour le moment)
En 2009, le Dr Fatih Birol, Responsable de la division Analyse Économique, Agence internationale de l'énergie déclarait :
« Le monde se dirige vers une crise de l'énergie catastrophique qui pourrait paralyser une reprise économique mondiale parce que la plupart des grands champs pétroliers dans le monde ont passé leur pic de production »
« Le public et de nombreux gouvernements semblent être inconscients du fait que le pétrole, duquel dépend la civilisation moderne, s'épuise bien plus rapidement que prévu, et que la production mondiale devrait atteindre un sommet dans 10 ans - au moins une décennie plus tôt que ce que la plupart des gouvernements avaient estimé ».
Source : http://www.independent.co.uk/news/science/warning-oil-supplies-are-running-out-fast-1766585.html



En 2011, Jeremy Grantham,  l’un des analystes financiers les plus respectés de la planète, à la tête du fonds d’investissements GMO de Boston, gestionnaire de plus de 100 milliards de dollars de capitaux avertissait : “Il est temps de se réveiller : l’ère des ressources abondantes et de la baisse des prix est finie pour toujours.” M. Grantham estimait que la croissance de la demande mondiale de matières premières surpassait “à un rythme alarmant” la croissance de l’offre.
Un “changement de paradigme” est très probablement en train d’avoir lieu, “peut-être l’événement économique le plus important depuis la révolution industrielle”, avancait l’investisseur britannique, célèbre pour avoir anticipé la bulle internet et la bulle des subprimes.
  Document téléchargeable : JGLetterALL_1Q11.pdf


Des militaires...
Hélas oui, bien sûr…

En 2010, l’armée allemande, la Bundeswehr, publiait un rapport sur le peak_oil et ses conséquences.
Voici pour vous donner une idée, la traduction d’un extrait de la page 50 de ce rapport :
  • Effondrement des systèmes monétaires non rattachés. Lorsqu’une monnaie perd de sa valeur dans son propre pays, on ne peut plus l’échanger contre des devises. Les chaînes de distribution sont elles aussi rompues.
  • Chômage massif.  Les sociétés modernes sont organisées autour de la division des tâches, elles se sont de plus en plus différenciées au cours de leur histoire. De nombreux métiers n’ont de raison d’être que de par la gestion de ce degré élevé de complexité, ils n’ont plus rien à voir avec la production directe de biens de consommation. Dans toutes les sociétés modernes, la réduction de la complexité des économies nationales aurait pour conséquence une augmentation effrayante du chômage.
  • Des Etats en faillite. Dans la situation décrite, les recettes des Etats s’effondrent, les possibilités d’emprunt sont très limitées.
  • Implosion des services collectifs fragilisés. Ni les ressources matérielles, ni les ressources financières ne sont suffisantes  au maintien des services collectifs. S’y ajoutent des facteurs aggravants : l’interdépendance entre les infrastructures, l’interdépendance par rapport à différents sous-systèmes.
  • Famines. Au bout du compte, cela constituera un défi que de produire et de distribuer de la nourriture en quantité suffisante.


En 2010 également, Le Commandement des forces interarmées des États-Unis a publié son rapport bi-annuel, le fameux “The Joint Operating Environment” un document qui vise à fournir à l’armée une base de réflexion sur laquelle construire des concepts pour guider sa stratégie future. Le chapitre le plus alarmant de ce rapport était celui sur l’énergie "Vers les années 2030, les besoins en pétrole pourrait passer de 86 à 118 millions de barils par jour." Le rapport montre des graphiques pour les ressources d'énergie prévues et la production mondiale de pétrole, y compris l'avenir du développement de nouvelles découvertes, non-conventionnelle de pétrole, les ressources du pétrole, de développement des réserves existantes et les capacités existantes.
Le rapport résume la crise énergétique actuelle en affirmant que «la production d'énergie et les infrastructures de distribution doivent voir de nouveaux investissements importants, si l’on veut continuer de satisfaire la demande d'énergie à un coût compatible avec la croissance économique et la prospérité."















Des politiques ?

Mardi 5 avril 2011, notre premier Ministre François Fillon, a officiellement révélé, dans l’indifférence générale, le lourd secret de la fin du pétrole à l’Assemblée Nationale : « Nous avons, en 2009, atteint le pic de production en matière de pétrole, la production ne peut maintenant que décroître » a-t-il dit devant la noble assemblée.









Sinon, pas grand-chose. Mais bon, mettez-vous à leur place !

Peut-être vous faites-vous une meilleure idée à présent de ce qu'est la transition énergétique ?


Bertrand Tièche