lundi 26 mars 2012

Energie 2050, les très riches heures du nucléaire




Un ouvrage pour les bibliophiles, pas vraiment pour les scientifiques.



Dans quelques siècles peut-être, des chercheurs étudieront avec respect et amusement, le pathétique rapport "Energies 2050" publié par le gouvernement en ce début d’année. Ils le liront comme les médiévistes de notre temps déchiffrent les antiques manuscrits enrichis de luxueuses enluminures dans lesquels des moines érudits défendaient pieusement le système de Ptolémée.


Les plus beaux esprits de cette époque lointaine mettaient en effet toute leur science au service du pouvoir en place, pour démontrer la justesse du géocentrisme (la terre au centre de l’univers), cette cosmologie farfelue remontant à l’antiquité. L’erreur de Ptolémée ne fut définitivement abandonnée par l'Église que sous le pape Benoît XIV vers 1750, non sans avoir donner quelques soucis à Kepler et Galilée !


En l’année 2011 de l’ère chrétienne, le Prince a donc commandé un tractatus à son zélé ministre de l’économie des finances et de l’industrie, un rapport sur l’énergie, et qui plus est, à l’horizon 2050 ! En cette période de transition énergétique et de changement climatique, n’était-ce pas là une sage décision que celle de s’éclairer de conseils avisés, afin de faire de justes choix politiques ? Hélas, ce sinistre ministre s’est adressé aux seuls serviteurs de la sainte église technocratique et nucléaire ! Il aurait aussi bien pu invoquer l’esprit de Nostradamus…


Ce précieux ouvrage a de commun avec les vieux parchemins évoqués plus haut, le langage ampoulé et dogmatique de la scolastique médiévale, celui de ceux qui ont oublié quel était l’objet premier de la science. Son seul but est de servir, servir le Prince nucléocrate. Peu lui importe d’utiliser des données fausses ou en contradiction avec celles figurant dans d’autres rapports officiels. Peu lui chaut d’énoncer des assertions infondées, sa parole performative suffira à les nimber de radieuse vérité aux siècles des siècles.


C'est un rapport d’une valeur bibliophile inestimable, c’est une véritable pièce de collection. On y trouve des absurdités scientifiques aussi sophistiquées que les fameux équants de Ptolémée, comme l’électricité primaire par exemple ! (Cet absurde concept est destiné à faire croire que l’énergie nucléaire est d’origine nationale et faire oublier que l’uranium est totalement importé).


Mais ce n’est pas très charitable de se moquer ainsi d’une idéologie vieillissante. Le nucléaire, tout comme la scolastique médiévale, correspond à un moment de l’histoire, et ce, plus particulièrement en France. On sait en effet que l’atome a représenté pour toute une génération de Français qui avait vécu l’effondrement de 1940, la garantie du "plus jamais ça !". Pour cette génération traumatisée qui avait connu la panique de la défaite et qui enfant avait couru sur les routes de l’exode, le nucléaire signifiait une sanctuarisation du territoire. Cette science, de par sa nouveauté, était de plus synonyme de progrès. Le prétexte énergétique du nucléaire est venu plus tard dans son discours, à l’occasion du premier choc pétrolier. Mais à quoi bon juger le passé ? Le monde était si différent !


On le sait à présent, le nucléaire repose sur 3 mythes fondateurs, le mensonge de la sécurité, le mensonge de l’indépendance nationale et le mensonge de l’énergie peu chère. Mais nous devons faire l’effort de comprendre ceux qui sont encore sous l’emprise de ce funeste dogme. A nous de leur montrer que le monde à changé. A nous d’essayer de les rassurer, leur expliquer que la solution du pire n’est peut-être pas la meilleure. Ce ne sera pas facile évidemment, car lorsqu’une opinion s’est bien ancrée dans une société, elle devient une sorte de religion dont les mystères fondateurs sont devenus incompréhensibles ou ont été oubliés. Le nucléaire a de plus l’avantage de marquer les esprits par l’aridité toute scientifique de son discours, celui-ci impressionne autant que les creuses formules latines de la scolastique médiévale (et l’effet est le même).


Les énergies renouvelables sont hélas trop simples, trop naturelles, pas assez compliquées, et pire que tout, non seulement elles fonctionnent, mais en plus leur mise en œuvre est à la portée de tous ! On peut comprendre le désarroi de certains scientifiques, qui après avoir donné les plus belles années de leur jeunesse à des études difficiles et ingrates au sein de ténébreux monastères, voient leur prestigieux pouvoir contesté par des gugusses prônant une énergie inépuisable et accessible à tous !


Difficile donc pour la sainte église technocratique et nucléaire de comprendre la transition énergétique. Ses nombreux papes et thuriféraires tremblent d’inquiétude dans leurs cathédrales radioactives, devant les apôtres des énergies renouvelables qui tentent d’ériger de païennes éoliennes ou d’inoffensifs panneaux solaires !


Mais revenons à ce fameux rapport, que ma nature optimiste me fait considérer comme le signe de la fin d’une époque. N’hésitez pas à le télécharger en cliquant sur l’image ci-dessous.


Remarquez comme j’ai pieusement amélioré sa couverture.




























Je ne vais cependant pas vous en faire ici la critique exhaustive. Je laisse cela aux experts que je connais, ceux de Global Chance. Je vous conseille donc de lire mon article du 30 janvier, publié en première réaction à ce malheureux rapport du gouvernement : Global Chance analyse le rapport énergie 2050.


Vous voulez en savoir plus ? Voilà qui est bien ! Alors n’hésitez pas à visiter le site de Global Chance sur lequel tous les cahiers qu’ils ont déjà publiés sont à disposition, et surtout ne manquez pas la publication prochaine du N°31 dont l’un des chapitres traitera dans le détail de ce pauvre rapport énergies 2050.


Et puis il y a aussi cet article de Marie-Caroline Lopez sur le site de la Tribune "Des experts dénoncent les "erreurs" du rapport Energie 2050 d'Eric Besson", qui est très bien.
Je vous laisse vous régaler de tout cela.


A bientôt sur Transitio ! Wink

Bertrand Tièche

Post Scriptum :
Connaissez-vous les très riches heures du Duc de Berry ? Vous pouvez consulter cette petite merveille ici : http://crdp.ac-amiens.fr/ingedoc/carte_ressources/trhlivre.htm

Rendons à César :
L'enluminure du haut de page est celle du mois de septembre des très riches heures du Duc de Berry, que j'ai quelque peu retravaillée.
Le Louvre expose jusqu'au 25 juin 2012, 47 feuillets extraits de ce bel ouvrage : http://www.louvre.fr/expositions/les-belles-heures-du-duc-de-berry
Et le petit liquidateur qui figure en premier plan de celle-ci, provient du site suivant :http://lebetisierdunucleaire.wordpress.com/2012/02/05/872/

dimanche 11 mars 2012

Via Enerzine, Energies renouvelables : "livre blanc" pour les présidentiables



L’énergie n’est pas vraiment à l’ordre du jour de la campagne présidentielle française. Qui se soucie en effet de la crise énergétique majeure dans laquelle nous sommes entrés et des conséquences incroyables qu'elle aura ?

Comme le dit Global Chance sur son site : « La “transition énergétique à la française” se résumera-t-elle au prolongement du parc nucléaire actuel pendant 20 ans supplémentaires, au mépris de la sécurité de nos concitoyens et des générations qui nous suivent ? ».

En  attendant de vous parler de la réunion de presse donnée sur ce thème mardi 13 mars par Global Chance, (à laquelle je me rendrai), je vous donne à lire cet article publié sur le site Enerzine cette semaine à l’occasion de la publication du livre blanc sur les énergies renouvelables par le Syndicat des Energies Renouvelables, le SER.


Vous pouvez télécharger ce rapport en cliquant sur son image ci-dessous.



























Voici la copie de l’article d’Enerzine. Mais c'est mieux d'aller sur leur site, lire l'original.




Dans le cadre des échéances électorales, le Syndicat des énergies renouvelables (SER) veut apporter son concours à la définition de la politique énergétique française pour les prochaines années afin de contribuer à la relance durable de notre économie.

« Le Livre blanc des énergies renouvelables, des choix qui fondent notre avenir », présente ainsi la feuille de route du SER pour 2020, les projections 2030 et décline douze propositions pour agir concrètement, dès aujourd'hui, pour la création d'une filière énergétique forte, créatrice d'emplois et de richesses industrielles. Les énergies renouvelables constituent un marché mondial en forte croissance malgré la crise, les investissements dans ce domaine ayant dépassé 200 milliards de dollars en 2010.

D'après le SER, les énergies renouvelables sont indubitablement un des chemins vers la croissance, à condition que l'État et les professionnels bâtissent ensemble une stratégie pour leur développement. Avec ce Livre blanc, les acteurs des énergies renouvelables, membres du SER, veulent saisir l'opportunité de formuler des propositions pour relever les défis énergétiques, environnementaux, industriels et économiques de notre époque.

Un Livre blanc à visée politique

« Le Livre blanc des énergies renouvelables, des choix qui fondent notre avenir » est destiné aux équipes de campagne des différents candidats à la Présidence de la République, aux candidats à la députation, aux parlementaires et à tous les leaders d'opinion.

Le Livre blanc comporte deux parties : la première « Stimuler la dynamique industrielle française face aux défis de la transition énergétique » fait le point sur le développement des énergies renouvelables dans le monde ces dernières années et sur les enjeux industriels et économiques qu'elles représentent pour notre pays. La deuxième partie présente douze propositions, déclinées en 49 outils :

01. Donner un nouveau souffle à l'éolien terrestre
02. Déployer l'éolien en mer et les énergies marines
03. Reconstruire la filière photovoltaïque
04. Profiter des atouts de l'hydroélectricité
05. Amplifier l'essor de la chaleur renouvelable : biomasse, géothermie et solaire thermique
06. Placer les énergies renouvelables au cœur du bâtiment et combattre la précarité énergétique
07. Créer de nouvelles filières industrielles
08. Exploiter tous les potentiels de la biomasse énergie
09. Faciliter l'accueil des énergies renouvelables sur les réseaux électriques
10. Atteindre l'autonomie énergétique dans les îles
11. Consolider l'industrie des énergies renouvelables
12. Mettre le cap sur l'international


5 idées fortes pour un avenir durable.

"Le SER entend démontrer avec son Livre blanc à quelles conditions les énergies renouvelables peuvent à la fois participer au mix de production énergétique en préservant l'environnement et constituer le fer de lance d'une nouvelle dynamique industrielle, innovante, créatrice d'emplois et exportatrice, grâce à cinq idées fortes."

1) Les énergies renouvelables assurent une sécurité d'approvisionnement et l'indépendance énergétique de la France.

Le rayonnement solaire permet en théorie de couvrir plus de 10 000 fois la consommation totale de la planète, la mobilisation des ressources telles que le soleil, le vent, la biomasse, la chaleur de la terre, l'énergie des cours d'eau et de la mer permettraient de subvenir aux besoins de tous, tout en réduisant fortement le risque de dépendance en matière d'approvisionnement énergétique.

2) Les énergies renouvelables permettent une maîtrise à terme des prix de l'énergie.

Contrairement aux énergies fossiles, dont la raréfaction augmente les prix, l'exploitation croissante des sources d'énergies renouvelables conduit à la diminution de leur prix : la gratuité du “combustible”ou le faible coût de la biomasse donnent toute son importance à l'économie d'échelle industrielle générée par une production de marché de masse.

3) Les énergies renouvelables permettent de développer la production d'énergies décentralisées.

En recourant à ces formes d'énergies, les collectivités locales, les particuliers et les entreprises valorisent leurs territoires tout en sécurisant leur approvisionnement. En dehors des projets de grande envergure, les énergies renouvelables répondent aux enjeux de décentralisation et permettent une croissance de l'emploi au niveau local.

4) Les énergies renouvelables respectent l'environnement.

Le SER estime que plus de 20 millions de tonnes de CO2 seraient évitées en 2020 si le plan est appliqué. Un bienfait indéniable pour l'environnement et la santé.

5) Les énergies renouvelables représentent un puissant potentiel de développement pour les entreprises françaises.
Les filières renouvelables font partie des secteurs qui disposent aujourd'hui du plus fort potentiel de croissance dans le monde et la France détient une chance historique de profiter de cette tendance, grâce à son savoir-faire en la matière, à condition de maintenir les investissements de toutes les parties prenantes (État, entreprises, particuliers).
Télécharger le livre blanc ICI 

La feuille de route du Syndicat des énergies renouvelables

Le Grenelle de l'environnement a fixé un objectif pour 2020: atteindre 23% d'énergies renouvelables.

Le SER propose d'aller plus loin : porter la part des énergies renouvelables à 25 % en 2020 pour répondre aux enjeux énergétiques et industriels. Les projections pour 2030 qui prolongent les courbes entre 2012 et 2020, suggèrent que l'on pourrait atteindre une part d'énergies renouvelables d'au moins un tiers dans la consommation finale d'énergie.





Je n’ai pu résister au plaisir de vous faire une copie écran du bas de la page du site d’Enerzine. On y voit en effet une incroyable pub, pour le chauffage électrique…

Admirez cette incroyable publicité !















Hélas oui, nous sommes en France, le paradis du nucléaire, celui où l'on chauffe les maisons avec des grille-pains électriques...

Plus d'explications à propos du chauffage électrique sur cette page : Les chevaux de Troie du nucléaire.




jeudi 1 mars 2012

Via Smart Planet : Une cellule solaire écologique à base de plantes

Voici un article intéressant publié sur SmartPlanet , signalé par Sustpro sur Twitter. Je vous conseille bien sûr de visiter ces sites pour lire leurs articles et de vous abonner à leurs Tweets.

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Une cellule solaire écologique à base de plantes

Par Martin LaMonica : 1 mars 2012


Des chercheurs du MIT cherchent à exploiter le processus de photosynthèse des plantes en vue de fabriquer des cellules solaires très bon marché.


En combinant biologie et électronique, des chercheurs affirment avoir fait des progrès dans la fabrication de cellules solaires à bas coût à partir de plantes.



















Un article publié dans Scientific Reports début février décrit une méthode améliorée pour fabriquer des cellules photovoltaïques biologiques capables de produire de l’électricité sans le matériel de laboratoire sophistiqué qui était nécessaire jusque-là. Les chercheurs indiquent que des substances chimiques mises au point spécialement pourraient être mélangées à des plantes vertes, y compris l’herbe coupée, pour créer un matériau photovoltaïque en exploitant le principe de la photosynthèse.

« Il suffit de prendre ce sac (de substances chimiques), de le mélanger avec de la verdure et d’en recouvrir le toit », a déclaré Andreas Mershin, chercheur au MIT et l’un des coauteurs de l’article. Il imagine que ce type de cellule solaire bon marché pourrait être utilisé par les habitants des pays en voie de développement qui n’ont pas de réseau électrique pour recharger les lampes ou les téléphones cellulaires.

Cette avancée représente un gain d’efficacité énergétique de 10.000% par rapport aux précédentes cellules solaires basées sur des plantes, mais ces cellules sont loin d’être pratiques. Les cellules solaires expérimentales conçues à l’aide de ce procédé ne transforment que 0,1% de la lumière du soleil en électricité, chiffre qui devrait être décuplé pour que la solution soit exploitable, précise Andreas Mershin.

Depuis des années, les scientifiques cherchent à fabriquer des cellules solaires à partir du groupe de molécules au sein des cellules végétales qui réalisent la photosynthèse, appelé photosystème I. Toutefois, ce matériau nécessitait des instruments d’optique et de dépôt de couches minces spécialisés. De plus, le courant produit était trop faible.
Réseau de nanofils

Andreas Mershin a réussi à créer une cellule solaire exploitable fabriquée avec un mélange de nouveaux matériaux qui isolent les molécules du photosystème I et forment un réseau de minuscules nanofils d’oxyde de zinc, qui transportent le courant électrique et présentent une large surface. Ces nanofils, qui servent également de structure pour une cellule solaire multicouches, peuvent être « cultivés » à température ambiante sur différents substrats souples et bon marché, à en croire l’article.

« Après plusieurs années de recherche, nous avons réussi à trouver un procédé simple pour extraire cette protéine, la stabiliser, puis l’appliquer sur une surface conçue pour permettre à l’effet photovoltaïque de se produire », explique-t-il dans une vidéo fournie par le MIT.

Dans leur article, les chercheurs relèvent un certain nombre de difficultés posées par ces cellules solaires écologiques, notamment la durabilité et l’efficacité. Néanmoins, les tests de performances initiaux de cette nouvelle technique ouvrent une voie prometteuse à de plus amples recherches, précisent-ils. « Si l’on parvient à s’approprier ce nanocircuit photosynthétique organisé de manière complexe et à le recâbler pour produire de l’électricité, nous avons la promesse d’une énergie solaire bon marché et respectueuse de l’environnement », se réjouissent les chercheurs.