mardi 31 janvier 2012

Via le Monde : "La troisième révolution industrielle", de Jeremy Rifkin

J'ai découvert dans les pages "économie" du Monde cet article à propos du dernier ouvrage de Jeremy Rifkin. Je ne pouvais pas ne pas en parler sur Transitio, car il traite de la formidable transition que nous vivons.


Voici la copie de l'article, mais bien sûr il vaut mieux lire l'original sur le prestigieusite du Monde.
(Transitio conserve les copies de certains articles sachant que beaucoup finissent par disparaitre du WEB un jour ou l'autre).



Certes, le nouvel opus de l'économiste Jeremy Rifkin n'apporte pas de nouveauté renversante, par rapport à ses précédents essais, notamment L'Age de l'accès(La Découverte, 2005), ou L'Economie hydrogène (La Découverte, 2002), des best-sellers. Son principal mérite est de présenter de façon particulièrement claire et stimulante les défis auxquels nous sommes confrontés, en ce début de XXIe siècle, et de proposer également des solutions.

Nous vivons la fin d'une époque ; celle d'une économie fondée sur les énergies fossiles ; mais aussi, celle du travail à temps plein, du capitalisme patrimonial, de l'organisation pyramidale des entreprises, et de la gestion exclusivement marchande du monde.

Sans que nous nous en apercevions, nous sommes déjà entrés dans une troisième révolution industrielle ; celle-ci va bouleverser nos façons de vivre, de travailler, de consommer. Telle est, en substance, la thèse de l'économiste américain, qui affirme, après d'autres : "L'humanité est à un carrefour."


"METTRE ADAM SMITH À LA RETRAITE"

Si M. Rifkin aime le poids des formules - Il faut "mettre Adam Smith à la retraite" -, il ne dédaigne pas également le choc des images. Ainsi compare-t-il les actuelles compagnies de production et de distribution d'électricité - "la vieille garde" -, aux géants du disque "confrontés pour la première fois au partage des fichiers".

Le titre à rallonge de cet essai ("Comment le pouvoir latéral va transformer l'énergie, l'économie et le monde") l'indique : c'est d'abord notre rapport au pouvoir qui va changer, estime l'auteur.

Le passage du pouvoir hiérarchique au pouvoir latéral, décentralisé et démythifié, va transformer notre rapport au monde, prophétise-t-il. Dans cette perspective, on pourra lire le chapitre consacré à la refonte du système éducatif, qui n'est pas le moins intéressant du livre. Mais aussi les pages consacrées à l'Europe. Un Vieux Continent, selon Jeremy Rifkin, plus avancé que les Etats-Unis, et le reste du monde, dans cette troisième révolution industrielle. En ces temps d'euro-morosité, voilà une bonne nouvelle !


lundi 30 janvier 2012

Global Chance analyse le rapport énergie 2050

Benjamin Dessus et Bernard Laponche de Global Chance, réagissent à la publication du rapport de la Commission énergie 2050.















Vous trouverez leur analyse détaillée de ce rapport en cliquant sur l’icône « pdf » ci-dessous.
Cliquez sur l'icone pour télécharger le rapport.




Et je vous propose de lire le texte suivant rédigé suite à la publication d'un article sur Médiapart le 30 janvier 2012 à propos de ce "fumeux" rapport.

Le site Mediapart leur a en effet demandé de faire l’analyse critique d’une version non encore définitive, mais manifestement très avancée et qu’il s’est procurée très récemment, du rapport de la Commission Energie 2050 mise en place par le ministre Eric Besson et qui doit lui être remise dans les jours qui viennent.

Cette version provisoire du rapport de la Commission Energie 2050 ainsi que son analyse critique ont été présentés le 30 janvier sur le site de Médiapart. Son article de présentation fait mention de plusieurs des critiques apportées par Benjamin Dessus et Bernard Laponche à ce rapport.



Je partage ci-dessous avec vous quelques-uns des commentaires formulés par ces deux experts, qu’ils ont eu l’amabilité de me transmettre :

Les rapporteurs de la Commission se proposent d’examiner les différentes trajectoires possibles du système énergétique français d’ici 2050 en comparant des scénarios contrastés produits par différents acteurs. Il apparaît cependant très vite que la question centrale qui intéresse le gouvernement est celle de l’électricité et plus particulièrement la production d’origine nucléaire.

Le rapport est donc très marqué par une approche presque exclusivement « offre » de la question énergétique, avec une insistance permanente sur le « mix énergétique », considéré comme beaucoup plus important que la demande d’énergie, et bien évidemment la place de l’énergie nucléaire dans ce mix. Ce biais, manifeste dès le début du rapport, en réduit considérablement l’intérêt comme outil de prise de décision en matière de politique énergétique globale.

L’analyse du corps du rapport qui comporte 5 chapitres principaux nous conduit à mettre l’accent sur plusieurs points.

Du point de vue méthodologique, l’étude exclut de façon incompréhensible l’analyse des seuls scénarios contrastés établis sur une base commune, ceux d’Enerdata, pourtant utilisés officiellement par le gouvernement dans les négociations européennes, au profit de notes et scénarios produits dans la hâte par des acteurs du nucléaire. Elle privilégie ouvertement l’analyse du seul mix électrique au détriment du système énergétique, laissant ainsi à l’écart les questions qui concernent 75% de l’énergie finale du bilan français, ne prend pas en compte les marges de manœuvre ouvertes par les économies d’électricité et exclut corrélativement toute discussion sur le coût d’accès à ces mesures d’économie d’électricité.

Elle réduit le concept de transition énergétique à la question des émissions de CO2 et fait l’impasse totale sur les risques environnementaux associés aux filières non fossiles, et très particulièrement nucléaires en faisant l’hypothèse que le suivi des recommandations du dernier rapport de l’ASN règlent définitivement ces questions.
Elle réduit enfin le débat à la seule question du coût unitaire du kWh électrique associé à différents mix électriques, en « oubliant » que le coût pour l’usager et la collectivité dépend aussi des quantités d’électricité distribuées.

S’ajoutent à ces critiques des erreurs factuelles telles que l’oubli du rôle prépondérant des économies d’énergie dans les scénarios bas carbone (450 ppm) de l’AIE , ou sur la définition même de grandeurs comme l’énergie primaire ou l’indépendance énergétique.
Nous considérons donc que le document dont nous disposons aujourd’hui est un exercice de médiocre qualité, biaisé par des erreurs factuelles, des non dits, des hypothèses implicites et des omissions majeures, sans aucune analyse de cohérence, ni aucun recul par rapport aux études analysées. Il distille ça et là des affirmations non étayées qui relèvent plus de partis pris ou d’opinions subjectives que de jugements objectifs. Cette complaisance et cette médiocrité méthodologique nuisent gravement aux conclusions qui sont ainsi suggérées, sinon proposées aux pouvoirs publics pour une politique énergétique à long terme de la France.

Benjamin Dessus et Bernard Laponche



Le rapport de la Commission Besson, se trouve sur le site de Médiapart à l’adresse suivante : "Le rapport Besson sur l'énergie plaide pour une prolongation du nucléaire"


PS : Vous aurez noté que j'ai classé cet article dans la rubrique "énergies fossiles", puisque le seul avenir que semble envisager la Commission énergie du gouvernement, repose sur cette énergie fossile qu'est l'uranium...

mercredi 4 janvier 2012

Via le Monde : Pourquoi faut-il que les Etats payent 600 fois plus que les banques ?

Pourquoi faut-il que les Etats payent 600 fois plus que les banques ?


Voici un article étonnant rédigé par Michel Rocard ancien premier ministre, et Pierre Larrouturou, économiste, paru dans l'édition du Monde du 03.01.12.

Étonnant, parce qu’il est plus habituel de lire ces chiffres et ces considérations sur des sites plus engagés que sur celui du Monde. Pour vous donner une idée, je vous propose de visionner cette édifiante vidéo "Comprendre la dette publique".

Voici une copie de l'article mais je vous invite à lire l'original sur le site du Monde :


Ce sont des chiffres incroyables. On savait déjà que, fin 2008, George Bush et Henry Paulson avaient mis sur la table 700 milliards de dollars (540 milliards d'euros) pour sauver les banques américaines. Une somme colossale. Mais un juge américain a récemment donné raison aux journalistes de Bloomberg qui demandaient à leur banque centrale d'être transparente sur l'aide qu'elle avait apportée elle-même au système bancaire.

Après avoir épluché 20 000 pages de documents divers, Bloomberg montre que la Réserve fédérale a secrètement prêté aux banques en difficulté la somme de 1 200 milliards au taux incroyablement bas de 0,01 %.
Au même moment, dans de nombreux pays, les peuples souffrent des plans d'austérité imposés par des gouvernements auxquels les marchés financiers n'acceptent plus de prêter quelques milliards à des taux d'intérêt inférieurs à 6, 7 ou 9 % ! Asphyxiés par de tels taux d'intérêt, les gouvernements sont "obligés" de bloquer les retraites, les allocations familiales ou les salaires des fonctionnaires et de couper dans les investissements, ce qui accroît le chômage et va nous faire plonger bientôt dans une récession très grave.

Est-il normal que, en cas de crise, les banques privées, qui se financent habituellement à 1 % auprès des banques centrales, puissent bénéficier de taux à 0,01 %, mais que, en cas de crise, certains Etats soient obligés au contraire de payer des taux 600 ou 800 fois plus élevés ? "Etre gouverné par l'argent organisé est aussi dangereux que par le crime organisé", affirmait Roosevelt. Il avait raison. Nous sommes en train de vivre une crise du capitalisme dérégulé qui peut être suicidaire pour notre civilisation. Comme l'écrivent Edgar Morin et Stéphane Hessel dans Le Chemin de l'espérance (Fayard, 2011), nos sociétés doivent choisir : la métamorphose ou la mort ?

Allons-nous attendre qu'il soit trop tard pour ouvrir les yeux ? Allons-nous attendre qu'il soit trop tard pour comprendre la gravité de la crise et choisir ensemble la métamorphose, avant que nos sociétés ne se disloquent ? Nous n'avons pas la possibilité ici de développer les dix ou quinze réformes concrètes qui rendraient possible cette métamorphose. Nous voulons seulement montrer qu'il est possible de donner tort à Paul Krugman quand il explique que l'Europe s'enferme dans une "spirale de la mort". Comment donner de l'oxygène à nos finances publiques ? Comment agir sans modifier les traités, ce qui demandera des mois de travail et deviendra impossible si l'Europe est de plus en plus détestée par les peuples ?

Angela Merkel a raison de dire que rien ne doit encourager les gouvernements à continuer la fuite en avant. Mais l'essentiel des sommes que nos Etats empruntent sur les marchés financiers concerne des dettes anciennes. En 2012, la France doit emprunter quelque 400 milliards : 100 milliards qui correspondent au déficit du budget (qui serait quasi nul si on annulait les baisses d'impôts octroyées depuis dix ans) et 300 milliards qui correspondent à de vieilles dettes, qui arrivent à échéance et que nous sommes incapables de rembourser si nous ne nous sommes pas réendettés pour les mêmes montants quelques heures avant de les rembourser.

Faire payer des taux d'intérêt colossaux pour des dettes accumulées il y a cinq ou dix ans ne participe pas à responsabiliser les gouvernements mais à asphyxier nos économies au seul profit de quelques banques privées : sous prétexte qu'il y a un risque, elles prêtent à des taux très élevés, tout en sachant qu'il n'y a sans doute aucun risque réel, puisque le Fonds européen de stabilité financière (FESF) est là pour garantir la solvabilité des Etats emprunteurs...

Il faut en finir avec le deux poids, deux mesures : en nous inspirant de ce qu'a fait la banque centrale américaine pour sauver le système financier, nous proposons que la "vieille dette" de nos Etats puisse être refinancée à des taux proches de 0 %.

Il n'est pas besoin de modifier les traités européens pour mettre en oeuvre cette idée : certes, la Banque centrale européenne (BCE) n'est pas autorisée à prêter aux Etats membres, mais elle peut prêter sans limite aux organismes publics de crédit (article 21.3 du statut du système européen des banques centrales) et aux organisations internationales (article 23 du même statut). Elle peut donc prêter à 0,01 % à la Banque européenne d'investissement (BEI) ou à la Caisse des dépôts, qui, elles, peuvent prêter à 0,02 % aux Etats qui s'endettent pour rembourser leurs vieilles dettes.

Rien n'empêche de mettre en place de tels financements dès janvier ! On ne le dit pas assez : le budget de l'Italie présente un excédent primaire. Il serait donc à l'équilibre si l'Italie ne devait pas payer des frais financiers de plus en plus élevés. Faut-il laisser l'Italie sombrer dans la récession et la crise politique, ou faut-il accepter de mettre fin aux rentes des banques privées ? La réponse devrait être évidente pour qui agit en faveur du bien commun.

Le rôle que les traités donnent à la BCE est de veiller à la stabilité des prix. Comment peut-elle rester sans réagir quand certains pays voient le prix de leurs bons du Trésor doubler ou tripler en quelques mois ? La BCE doit aussi veiller à la stabilité de nos économies. Comment peut-elle rester sans agir quand le prix de la dette menace de nous faire tomber dans une récession "plus grave que celle de 1930", d'après le gouverneur de la Banque d'Angleterre ?

Si l'on s'en tient aux traités, rien n'interdit à la BCE d'agir avec force pour faire baisser le prix de la dette. Non seulement rien ne lui interdit d'agir, mais tout l'incite à le faire. Si la BCE est fidèle aux traités, elle doit tout faire pour que diminue le prix de la dette publique. De l'avis général, c'est l'inflation la plus inquiétante !
En 1989, après la chute du Mur, il a suffi d'un mois à Helmut Kohl, François Mitterrand et aux autres chefs d'Etat européens pour décider de créer la monnaie unique. Après quatre ans de crise, qu'attendent encore nos dirigeants pour donner de l'oxygène à nos finances publiques ? Le mécanisme que nous proposons pourrait s'appliquer immédiatement, aussi bien pour diminuer le coût de la dette ancienne que pour financer des investissements fondamentaux pour notre avenir, comme un plan européen d'économie d'énergie.

Ceux qui demandent la négociation d'un nouveau traité européen ont raison : avec les pays qui le veulent, il faut construire une Europe politique, capable d'agir sur la mondialisation ; une Europe vraiment démocratique comme le proposaient déjà Wolfgang Schäuble et Karl Lamersen 1994 ou Joschka Fischer en 2000. Il faut un traité de convergence sociale et une vraie gouvernance économique.

Tout cela est indispensable. Mais aucun nouveau traité ne pourra être adopté si notre continent s'enfonce dans une "spirale de la mort" et que les citoyens en viennent à détester tout ce qui vient de Bruxelles. L'urgence est d'envoyer aux peuples un signal très clair : l'Europe n'est pas aux mains des lobbies financiers. Elle est au service des citoyens.


Michel Rocard est aussi le président du conseil d'orientation scientifique deTerra Nova depuis 2008. Pierre Larrouturou est aussi l'auteur de "Pour éviter le krach ultime" (Nova Editions, 256 p., 15€)