samedi 14 mai 2011

Transition énergétique : Le double langage des élites





La transition énergétique est un sujet grave que j’ai vu apparaitre depuis plusieurs années dans nombre de documents officiels.

Il semble en effet que dans les milieux "bien informés", tout le monde sache depuis un bon moment que nous vivons  les dernières années de l’énergie à bon prix, et ce, en raison du proche épuisement des énergies fossiles.

Je me souviens avoir entendu en 2003 M. Jean Besson, parlementaire en mission dans le cadre du Débat national sur les énergies, introduire une journée de débat à Lyon en disant haut et clair que le gouvernement avait acté le fait qu’il n’y aurait plus de pétrole dans 40 ans ! Il avait même ajouté que la guerre qui débutait alors en Irak s'inscrivait dans cette perspective.

Ces vérités qui dérangent n’ont cependant pas figuré dans son rapport remis à la ministre de l’époque Mme Nicole Fontaine en octobre 2003 :

Un des plus beaux exemples de ce que j’avance ici, est bien le rapport de la commission énergie remis au premier ministre du gouvernement Français en 2008 : « Perspectives énergétiques de la France à l’horizon 2020-2050 »
Si une association  écologiste avait publié la même chose à l’époque dans les médias, son rapport aurait été accueilli pas les quolibets et les sarcasmes habituels !

Le rédacteur est Jean Syrota, lisez sa bio sur wikipedia, ce n’est pas vraiment un écolo prônant la décroissance : http://fr.wikipedia.org/wiki/Jean_Syrota

Je vous proposons les deux extraits ci-dessous, tirés de l’avant propos de ce volumineux rapport.
Lisez-les, et de grâce, cessez de prendre les écologistes pour des allumés ou des terroristes lorsqu'ils disent tout haut ce que certains pensent tout bas !

Page 11 :

"Le paradigme a changé, depuis que le réchauffement climatique est devenu une réalité établie. À la crise possible, évitable, survenue puis surmontée, récurrente et finalement bénigne, jusqu’à la prochaine, a succédé un nouvel horizon mental, conceptuel, et donc politique.
Les hydrocarbures n’ont certes pas cessé de se raréfier, puisque disponibles en quantités finies, soumis aux aléas géostratégiques, comme les autres matières premières. Encore que les phénomènes s’accélèrent et que les horizons de danger paraissent se rapprocher: la croissance de la population mondiale et celle des économies émergentes (en premier lieu de la Chine) vont accroître rapidement la demande mondiale d’énergie, alors que l’on peut s’interroger sur la possibilité de repousser durablement les limites de ces ressources. Pour autant, la date du « peak oil » (moment où l’offre de pétrole commence à décliner) demeure incertaine et il n’est pas sûr qu’il ne survienne pas à cause du déclin de la demande pour d’autres motifs que l’insuffisance de la ressource."

Page 13 :
"Il faut insister à nouveau sur la nécessité d’un effort massif et constant. Les scénarios que la commission Énergie a étudiés à l’aide de différents modèles donnent tous le même résultat. Une des dimensions commence à être bien connue et acceptée en France et au niveau mondial : la poursuite des errements actuels (scénarios dits « tendanciels ») est le chemin le plus court et le plus certain vers des perspectives de catastrophes mondiales.
Aucune correction spontanée n’est envisageable ; il faut agir avec détermination et sans délai, comme le prévoit l’Union européenne pour 2020. L’inaction ne laissera ouverte à terme qu’une alternative : changer de société par la force ou la voir disparaître, plutôt que de choisir aujourd’hui démocratiquement des développements souhaitables et possibles ménageant les intérêts de chacun, et d’abord les libertés – en particulier en matière de propriété et de mobilité.
L’autre leçon est moins connue et appellera une pédagogie à laquelle les acteurs politiques, mais aussi sociaux, devront d’urgence se livrer : les évolutions vraisemblables de la technique et les efforts raisonnables qu’on peut demander au pays sans compromettre sa croissance ni bouleverser son existence aboutissent, à un horizon de quinze ans, puis en 2050, à un niveau de réduction des gaz à effet de serre à peine égal à celui nécessaire pour nous faire quitter la zone de danger (en escomptant que les autres pays fassent de même)."

Le rapport dans son entier est consultable sur le site du Centre d’Analyse Stratégique.


Nota : Comme les documents "intéressants" finissent toujours par disparaître, Transitio le sauvegarde pour vous :

Cliquez sur l'icone "pdf" (Et insistez si vous avez un message d'erreur du serveur)
Il est complété de nombreux volumes que vous trouverez sur cette page :

Prenez le temps de lire ces documents rédigés par des experts. Peut-être aurez-vous alors une lecture plus éclairée de l'actualité de l'énergie.

Et peut-être aussi en aurez-vous assez que l'on s'adresse à vous comme à des petits enfants. La transition énergétique est un problème avant tout pour certaines "élites" : "Comment pourront-elles gérer cette inévitable transition, tout en gardant les rênes du pouvoir ?"

Les solutions des énergies renouvelables, par exemple, posent un véritable problème, car de par leurs natures, elles sont difficiles à centraliser entre les mains de quelques compagnies, comme pour le nucléaire ou le pétrole. Pire encore, elles sont inépuisables et certaines même n'ont pas vraiment de valeur marchande !

Comprenez-vous pourquoi l'écologie politique pose problème ?

Selon un rapport des Nations Unies publié la semaine dernière, l'énergie solaire et éolienne, la biomasse et l'hydroélectricité pourraient représenter près de 80% de l'approvisionnement énergétique mondial d'ici 2050, si les Etats mettaient en place des politiques permettant d'exploiter le potentiel de ces énergies renouvelables !

Lien vers le centre d'actualité de l'ONU : http://www.un.org/apps/newsFr/storyF.asp?NewsID=25217&Cr=climat&Cr1

Pensez-vous vraiment que les Etats feront ce choix ?

Entre nous ?


L'écologie ?  Rien que des écoloterroristes !


mercredi 11 mai 2011

Via les Echos : Intermittence, stockage : halte aux idées reçues sur les ENR

Cet article a été publié une première fois le 11 mai 2011 sur l'ancien site de la commission énergie EELV.

Nous avons lu avec intérêt cet article de "Rcoutouly" sur l’espace débat des Echos. Avec un très grand intérêt même puisqu’il traite d’un sujet de la plus haute importance pour ce qui concerne les énergies renouvelables : Le soi-disant problème du stockage.

« Soi-disant problème » disons-nous. Non par provocation, mais réellement parce que cet argument couramment utilisé par nos ardents détracteurs tient de moins en moins la route au regard des progrès que nous constatons dans nos professions axées sur l’énergie.

Cet article présente une bonne synthèse des solutions les plus connues.
Nous vous invitons à titre d'exemple à visiter le site de cette société allemande ZSW qui travaille sur ces techniques et dont l'image ci-dessus est extraite de leur brochure 2009 : "Renewable energy storage".

Car bien sûr, c'est en Allemagne que tout se passe en Europe, au niveau des énergies renouvelables...

Voici donc l'article du sieur Rcoutouly. Et nous vous engageons vivement à lire tous les articles de ce journaliste sur le site des Echos, qui sont tous passionnants :

Dans les débats sur le Nucléaire, dans les médias, les dîners en ville ou au bureau, c'est l'argument qui vient clore la discussion, celui qui laisse sans voix l'écologiste de service : "le renouvelable n'est pas crédible car quand le vent ou le soleil s'arrête, il n'y a plus d'électricité." Et tout le monde imagine facilement l'alternateur qui s'arrête et l'ampoule qui s'éteint. Mais est-ce si simple?
Cet argument est esquivé par la plupart des leaders écologistes incapables d'y répondre. Yannick Jadot, par exemple, a éludé le problème dans plusieurs débats, ces derniers temps, renforçant les convictions des partenaires du Nucléaire.

1. L’ "intermittence" des énergies renouvelables :

Reprenons l'argumentaire des anti-renouvelables :
"Sans parler de l'impact visuel, il faut aussi rappeler qu'un parc éolien, à l'échelle nationale ne peut se concevoir qu'appuyé sur un parc équivalent de centrales THERMIQUES ! Horresco referens ! En effet, pendant les moments où le vent est en berne, pendant de grands froids anticycloniques par exemple, on ne peut compter sur ces joujoux pour élus locaux en mal de marquage écolo.
Idem en cas de tempête : "les éoliennes sont arrêtées pour cause de risque de casse !"
L' "intermittence" semble donc un double problème : le vent s'arrête puis on remplace sa puissance par des centrales polluantes.

Cet argumentaire mérite d'être analysé et décortiqué :

l'image de l'éolienne qui s'arrête est une représentation fausse, une simplification abusive. Les partisans des énergies renouvelables savent très bien que pour capter les énergies naturelles, il faut construire un mix, où l'éolien sera associé au solaire mais aussi à la géothermie profonde, à la biomasse, aux énergies marines, à l'hydraulique ...

Si on veut en rester à l'éolien, l'interconnexion des réseaux, au niveau européen, permet de construire une complémentarité qui fait que "le vent ne s'arrête jamais" en Europe. Même si l'éolienne devant chez moi est en berne aujourd'hui, d'autres régions répondent et compensent.
L’intermittence n'est pas uniquement le problème de l'éolien, il est partagé par tous les réseaux électriques : quand un consommateur appuie sur un interrupteur, il créé de l'intermittence qui se répercute sur la production électrique. Aujourd'hui, le réseau électrique français  doit déjà gérer cette intermittence et utilisent essentiellement pour cela l'hydraulique.
En conclusion, la notion d'intermittence n'est pas adaptée en réalité: elle signifie en effet que la production a des interruptions périodiques, catastrophiques pour le réseau. Il serait préférable de la remplacer par la notion de variabilité qui décrit, de manière plus exact, ce qui se passe.

Les partisans du nucléaire comparent leur grosse centrale à une petite éolienne.  L'image à l'avantage de présenter l'éolienne comme plus archaïque que la centrale nucléaire.

Il faudrait plutôt confronter cette centrale atomique à un système complexe combinant des sources de production électrique variées, connectant des réseaux intelligents optimisant la production et la distribution sur un territoire donné, possédant ces propres moyens de régulations et de stockage. Alors, on comprend immédiatement que l'archaïsme se situe plutôt du côté de la centrale qui n'est, finalement, qu'une centrale, comparable à la centrale  thermique mais d'un modèle plus élaboré.


2.  "Tant que nous ne saurons pas stocker l'électricité"

"Que faire, les nuits sans vent ?", pour reprendre la belle expression d' Alain Leridon. Comment stocker l'électricité dans ce cas ?

Une représentation courante est celle qui consiste à croire que l'électricité produite doit être consommée immédiatement. A l'échelle nationale, cela n'est pas possible et le réseau français utilise la part hydraulique de son parc pour gérer ces variations.
En réalité, nous savons donc parfaitement stocker l'électricité sous la forme d'eau en hauteur: tous les lacs de barrage ont cette capacité.

Mais le lac de barrage a ses limites : il utilise l'eau accumulé en aval par les pluies saisonnières. Cela nécessite des capacités de stockage énormes car il faut accumuler des quantités gigantesques pour tenir sur l'année.

Une autre technologie se développe : celle du pompage-turbinage. Celle-ci consiste à faire remonter l'eau lors des périodes de sous-consommation (les nuits ventés par exemple) pour produire de l'électricité lors des périodes de sur-consommation. On a alors besoin de moyens de stockage plus limité car il suffit de quelques jours de stock et non d'une année entière !
Contrairement aux affirmations mensongères de JM Jancovici, il ne s'agit  pas de quintupler ou sextupler les barrages dans les Alpes, mais de se donner les moyens de stocker quelques jours de consommation : Olivier Daniélo estime qu'il faudrait ajouter l'équivalent de 8 km2 de stockage au réseau de barrage français pour couvrir l'intermittence de l'éolien (Serre-Ponçon : 12 km2).  On peut, bien entendu, répartir cette charge sur plusieurs lieux.
Un autre argument entendu l'autre jour par "un expert": produire un watt nécessite 70 grammes de pétrole ou 4 tonnes d'eau installées à 100 mètres de hauteur. Dis de cette façon l'écart semble tellement énorme que la messe semble définitivement dite. Mais c'est comparer deux choses qui n'ont rien à voir : les 70 grammes de pétrole, une fois brûlés, seront définitivement perdues pour l'Humanité. Par contre, les 4 tonnes d'eau seront toujours là et ils ont bien d'autres fonctions : on peut l'utiliser comme eau potable, pour irriguer, faire des loisirs nautiques sur un plan d'eau, ...


3. les autres possibilités de stockage :

Mais le pompage-turbinage ne sera pas, à l'avenir, la seule possibilité de stockage, citons aussi :
L’utilisation des batteries  des voitures électriques au garage (pendant la nuit) avec restitution partielle dans la journée
l'utilisation de réservoirs souterrains de stockage de l'énergie sous forme d'air comprimé.

Conclusion : Contrairement aux discours et aux représentations courantes, la gestion de "l'intermittence" et du stockage est donc possible. En réalité, cette gestion existe déjà et elle pourra, à l'avenir, répondre à nos besoins. Il suffit seulement de trouver la volonté politique pour la développer.


Nous n'aurions pas mieux dit !

C'est avec plaisir et soulagement que nous voyons enfin ces sujets abordés progressivement dans les médias, raison pour laquelle nous nous en faisons l'écho partout où nous le pouvons.
PM : L'image que nous avons utilisée pour illustrer cet article est extraite de la documentation technique d'une société allemande ZSW qui travaille sur ces techniques.

Vous pouvez télécharger leur brochure de 2010 "Renewable energy storage" (en allemand).


samedi 7 mai 2011

Transport de déchet radioactif à travers la France


Je relaie cette information diffusée par les amis du Réseau Sortir du Nucléaire en commun avec le syndicat Sud Rail.

Entre le 8 et le 10 mai 2011, un train transportant du combustible usé italien hautement radioactif devrait quitter l’Italie pour rejoindre le terminal ferroviaire de Valognes (Manche).

En France, il traversera 12 départements (La Savoie, l’Ain, la Saône-et-Loire, la Côte-d’Or, l’Yonne, la Seine-et-Marne, l’Essone, le Val-de-Marne, les Yvelines, l’Eure, le Calvados et la Manche), et empruntera une fois de plus les voies du RER en région parisienne, pendant les heures de pointe. Une fois arrivés au terminal de Valognes, ces déchets seront acheminés par la route à l’usine AREVA de La Hague pour y être - selon le terme employé par l’industrie - "traités". Ces déchets devraient retourner en Italie probablement entre 2020 et 2025, où aucune solution n’existe pour les accueillir.

Le dernier transport de ce type avait eu lieu en février dernier et les funestes wagons avaient été pris en photo dans une gare du RER !


Plus d'information sur cette page des amis du RSN : http://groupes.sortirdunucleaire.org/Transport-de-dechets-radioactifs